Digi flirte avec la bourse après avoir conquis 10,8 millions de clients

10,8 millions de clients, 12,74 millions d’euros levés en vingt-quatre heures, une double augmentation de capital en dix jours : Digi ne fait plus trembler uniquement les compteurs de ses concurrentes, elle fait désormais trembler la corbeille de la Bourse de Madrid.

Du discount à l’ipo : la stratégie de la roumaine qui n’a plus besoin de telefónica

L’opérateur low-cost, né à Bucarest il y a trente ans, joue aujourd’hui dans la cour des grands. Le 23 mars, son conseil d’administration a validé l’émission de 191,2 millions de nouvelles actions. Objectif : financer la construction d’un réseau 100 % autonome en Espagne, sans dépendre de l’infrastructure historique de Telefónica. Le coût ? Plusieurs centaines de millions. La manne ? L’entrée en Bourse, prévue fin avril, après la transformation de la filiale espagnole en société anonyme le 16 décembre.

Les factures des clients l’ont remarqué : la raison sociale a changé, le prix, lui, est resté aussi bas que jamais. Et c’est précisément cette obsession du prix qui a permis à Digi de grignoter des parts de marché comme aucun autre acteur depuis la crise de 2008. Mais la guerre des tarifs a atteint ses limites. Digi le sait. Pour continuer à croître, il faut possétre la route, pas seulement la louer.

200 Millions sur la table et une partition déjà écrite

200 Millions sur la table et une partition déjà écrite

Le 17 mars, une première augmentation de capital de 1,7 million a ouvert le bal. Le 8 avril, une seconde, plus massive, portera la valeur totale à 14,44 millions. Rien qu’une mise en bouche. Car derrière, 200 millions d’euros sont déjà annoncés pour accompagner l’introduction en Bourse. Pas question de diluer le contrôle : les fonds générés serviront à consolider l’année record 2024 et à accélérer le déploiement de la fibre propriétaire, particulièrement dans les zones rurales où Orange et Vodafone peinent à rentabiliser leurs investissements.

Contrairement aux opérateurs traditionnels, Digi ne cherche pas à séduire le grand capital. Elle veut surtout transformer ses abonnés en actionnaires minoritaires, fidéliser une base déjà conquise par des prix plancher et un service client sans fioritures. C’est le modèle inverse : croître d’abord, structurer ensuite. Et ça marche.

La dernière ligne droite est lancée. Dès que l’IPO sera bouclée, Digi disposera d’une autonomie financière que même Telefónica envie à ses débuts. Le temps où l’opérateur espagnol pouvait menacer de couper les lignes en cas de retard de paiement est révolu. Digi tient maintenant les clés de son propre réseau. Et elle n’a pas l’intention de partager.