Dernière minute pour la fête des pères : le clic qui vole vos données

Ce dimanche, 16 juin, des millions de Français vont cliquer « acheter » à 23 h 58. Dans la seconde qui suit, un faux site au nom presque identique à celui d’une grande marque va récupérer leur numéro de carte, leur nom, leur adresse et leur sang-froid. Le festival du phishing est ouvert.

David Blanch, directeur digital du registrar espagnol cdmon, a passé les huit derniers jours à piéger ces clones. Il en a déjà recensé 312 rien que sur le domaine « .fr ». « Le modus operandi ne change pas : on remplace un « o » par un « 0 », on ajoute « -soldes » ou « -livraison », et le piège est tendu », raconte-t-il. « Sur mobile, à toute vitesse, personne ne remarque la différence. »

Incidents en hausse de 26 % en un an

L’Institut national de cybersécurité (INCIBE) vient de publier son baromètre 2025 : 122 223 incidents recensés, soit 26 % de plus qu’en 2024. Parmi eux, 45 000 relèvent de la fraude en ligne. Les jours de fête – Père, Mère, Black Friday – concentrent à eux seuls 38 % des plaintes annuelles. « Les escrocs savent que le cerveau est en mode “dernière minute” », résume Blanch.

Leur arme favorite ? Un nom de domaine acheté 5 € et une copie conforme du visuel Amazon, Cdiscount ou La Redoute. Le site promet 70 % de réduction sur un robot multifonction introuvable ailleurs. La page de paiement récupère les données bancaires, les paramètres du téléphone, et parfois même la photo de la carte d’identité téléchargée « pour valider la commande ». En dix minutes, l’arnaque est bouclée, le site fermé, l’argent transféré via des cryptomonnaies.

Le lien qui tue vient de votre fils

Le lien qui tue vient de votre fils

Autre vecteur : les faux SMS de suivi Colissimo. « Votre colis est en attente, cliquez ici », précise le message. Le lien mène à une page qui imite la charte jaune de La Poste et demande « 2 € de frais de dossier ». Le paiement validé, on récupère un numéro de carte valide revendu 20 € sur Telegram. « On a vu des familles entières piratées parce que le papa a voulu s’épargner les frais de port », ironise l’expert.

Les réseaux sociaux ne sont pas en reste. Une publicité sponsorisée sur Instagram vante un barbecue connecté à 39 € au lieu de 249 €. Le commentaire le plus liké : « reçu en 3 jours, top ! ». Le profil est faux, le commentaire aussi, mais 3 200 personnes ont déjà cliqué. « Les plateformes mettent 48 h à retirer l’annonce, suffisant pour que l’escroc ait disparu », déplore Blanch.

Comment ne pas se faire avoir

Vérifiez l’URL : un « s » oublié à « https » ou un accent manquant à « fnac.com » sont des signaux d’alarme. Tapez le nom du site dans la barre d’adresse, ne suivez jamais un lien depuis un mail ou un SMS. Passez au crible les avis : si la boutique n’a que cinq commentaires postés la même semaine, fuyez. Enfin, réglez avec une carte virtuelle ou PayPal ; jamais de virement, jamais de carte bleue en main propre.

La fête des Pères, c’est 1,3 milliard d’euros de commandes en France. Les fraudeurs visent 1 % de ce gâteau, soit 13 millions. « Un seul clic suffit à transformer un cadeau en cauchemar », conclut Blanch. Cette année, offrez-lui une montre, pas ses données bancaires.