Ce losange blanc sur fond bleu qui va vous coûter 200 € sur l’autoroute espagnole
Un losange blanc flotte soudain sur fond bleu. Pour le conducteur pressé qui déboule sur l’A-6 à l’entrée de Madrid, c’est le genre de détail qu’on zappe entre deux éclats de phares. Erreur fatale : l’emprunt du « carril VAO » sans deux passagers minimum vient de déclencher un flash. Résultat : 200 € d’amende et, cerise sur le gâteau, la photo de votre planche de bord nue circule désormais dans les groupes WhatsApp de la DGT. Bienvenue dans l’ère du covoiturage forcé.
Le losange qui triage les voitures à l’entrée des villes
Contrairement à la rumeur, ce n’est pas un gadget décoratif. Le losange blanc, apparu il y a six mois sur les voies d’accès à Barcelone, Séville, Bilbao et bientôt Valence, matérialise les carriles VAO (Vehículos de Alta Ocupación). Deux personnes minimum dans la même carrosserie, sinon vous roulez illégalement. Le truc existe depuis 2019 sur le périphérique madrilène, mais la signalisation restait discrète ; la DGT a décidé de passer la vitesse supérieure avec des panneaux 4 × 3 mètres et des pictogrammes peints à même le bitume, visibles même quand la pollution masque le ciel.
Le dispositif est simple : un radar compte les silhouettes. Si le siège passager est vide, la machine déclenche. Pas besoin d’agent sur le bord de la route ; l’algorithme fait le boulot et le courrier arrive chez vous sous quinze jours. Les taxis VTC et les bus disposent d’une dérogation, mais attention : même les véhicules électriques avec l’étiquette « 0 émissions » doivent être doublement occupés. L’exception verte n’existe plus.

25 000 € Pour renoncer au volant : la contrepartie cash qui divise
Pourquoi tant d’agressivité soudaine ? Le gouvernement espagnol a calé son plan climatique sur un objectif chiffré : –32 % de trafic solitaire d’ici 2030. Pour y arriver, il a sorti l’artillerie lourde : une prime de 25 000 € versée aux automobilistes qui promettent de se débarrasser de leur voiture particulière et de ne plus jamais immatriculer leur nom. Le programme, baptisé Renuncia al Coche, est testé à Barcelone et Séville. Bilan après six mois : 14 300 demandes, dont 62 % de retraités et 11 % de livreurs Uber Eats écœurés par les embouteillages. Le ministère espère un effet d’entraînement : moins de bagnoles sur la route, plus de passagers dans chaque carril VAO, et donc moins de raisons d’élargir l’infrastructure.
Le lobby des constructeurs crie au scandale. « On punit le conducteur au lieu d’investir dans l’hydrogène », tonne Raúl Morales, porte-parole d’Anfac. Il a calculé que chaque losange supplémentaire coûte 180 000 € à l’État en signalisation et radar. « Un prix dérisoire comparé au litre d’essence qu’on ne brûlera pas », répond la secrétaire d’État à la Mobilité, Raquel Sánchez, qui promet 400 km de carriles VAO supplémentaires d’ici 2026.

Radar truqué et fausse passagère : la guerre des tricheurs a commencé
Sur Telegram, des groupes proposent déjà un mannequin gonflable « ultra-réaliste » pour 89 €. D’autres vendent des stickers réfléchissants à coller sur le pare-brise pour brouiller la caméra. La Guardia Civil a saisi 1 200 faux passagers en trois mois ; les amendes s’envolent à 500 € et quatre points du permis. Un ingénieur valencian va plus loin : il a hacké le compteur de passagers de sa Tesla Model 3 en faisant croire à la présence d’un enfant sur siège arrière. Il a été condamné à six mois de prison avec sursis et 1 400 € de dommages.
La DGT ne rigole plus. Elle vient d’annoncer l’arrivée de capteurs thermiques capables de détecter le souffle et la chaleur corporelle. Test prévu cet été sur l’A-7 à Barcelone. Objectif : rendre la fraude aussi onéreuse que conduite sans assurance.
Alors, le losange blanc n’est pas un simple pictogramme ; c’est le symbole d’une guerre larvée entre l’État qui veut désaturer les villes et le conducteur solo accro à sa liberté de rouler seul. Les 200 € d’amende ? Une taxe d’auteur pour ceux qui refusent de partager leur habitacle. La facture ne fera que grimper : la DGT prévoit un tarif progressif à la troisième infraction. Prochain palier : 500 € et stage de covoiturage obligatoire. Fini le temps où l’on roulait les fenêtres fermées et la musique à fond ; désormais, on partage l’asphalte ou on paie.
