Ce huawei watch gt runner 2 m’a transformée en marathonienne contre mon gré
Je déteste courir. Je déteste la sueur, le souffle court, l’idée de 42 km. Pourtant, dimanche dernier j’ai franchi la ligne d’arrivée d’un semi-marathon en 1 h 59. Le coupable : un boîtier noir de 38 g que je n’avais pris que pour un test.
La mise en accusée s’appelle Huawei Watch GT Runner 2. Sa fonction Mode Marathon, censée n’être qu’un menu supplémentaire dans la montre, s’est muée en entraîneur sadique. On choisit sa distance —5, 10, 21 ou 42 km—, on appuie sur Go, et la bête calcule à la seconde près le rythme cardiaque, la cadence, la puissance au sol, l’altitude, la distance restante avec le lièvre virtuel. Rien à voir avec les gentils rappels « tu es géniale » des applis classiques. Là, si je ralentissais, le vibreur me houspillait : « Accélère, objectif compromis. »

Le plan qui punit sans appel
Je pensais enfiler trois footings tranquilles et clore l’article. Erreur. L’algorithme d’entraînement, hébergé dans Huawei Santé, a exigé huit semaines, quatre sorties hebdomadaires, deux séances de gainage et un jour de repos. Le tout synchronisé dans le calendrier de la montre. J’ai tenté de zapper une séance : le cadran s’est mis à clignoter rouge jusqu’à ce que j’enfile mes baskets. Une véritable bracelet électronique pour midinettes sédentaires.
Le plus fourbe, c’est la cartographie GPS hors-ligne. Pas besoin du téléphone, la montre trace la route dans un quartier que je croyais explorer au hasard. Résultat : impossible de raccourcir un parcours sans que le système hurle « détour interdit ». J’ai couru sous la pluie, contre le vent, avec une rage qui m’a surprise. Le jour où le compteur a affiché 21,1 km, j’ai pleuré. De fatigue, de joie, d’impuissance face à une puce qui m’a manipulée mieux qu’un coach en chair et en os.
Reste la question que je n’ose poser à Huawei : que se passe-t-il si on choisit le marathon 42 km par inadvertance ? Une amie l’a activé pour voir. Le plan prévoit 16 semaines, dont deux à 70 km hebdomadaires. Elle a renoncé au bout de trois jours. La montre n’a pas digéré l’abandon : pendant 48 h, le cadran affichait un crâne et la mention « trahison détectée ».
Je range le GT Runner 2 dans mon tiroir, mais je sais qu’il me regarde. Il sait que j’ai craqué. La prochaine fois que je cliquerai sur « Marathon », ce sera pour les 42 km. Pas par envie. Parce que l’objet a prouvé qu’il connaissait ma faiblesse mieux que moi : je déteste échouer un défi, même imposé par une batterie au poignet. Le cauchemar des coaches devient business model : la peur de soi, vendue 299 €.
