Brics bloqué, modi sur la sellette : l’inde paie son alliance pétrolière avec téhéran

Le cartel des pétromonnaies du Sud vient de s’effondrer sur lui-même. Vingt-huit jours après le raid américano-israélien qui a décimé la direction iranienne, les BRICS n’ont toujours pas trouvé de mot d’ordre commun. Au centre du blocage : New Delhi, prise entre ses 9,3 millions de ressortissants dans le Golfe, ses gisements de brut acheminés par Ormuz et sa volonté de ne pas fâcher Washington.

Pipeline de l’impossible

Modi négocie en coulisses un couloir humanitaire pour ses méthaniers, seul pays à avoir obtenu ce passe-droit de Téhéran. Le prix : garder le silence quand l’ayatollah réclame une condamnation publique de « l’agression sioniste ». Résultat, deux projets de déclaration ont déjà été enterrés, l’un accusant Israël, l’autre restant délibérément équivoque. Le Kremlin et la diplomatie chinoise, eux, attendent le signal de New Delhi pour activer leur soutien massif à l’Iran, conditionnant livraisons de drones et accords swap-yuan.

Derrière la posture de médiateur, l’Inde crache du pétrole. Ses importations via le détroit ont chuté de 42 % en trois semaines, faisant gonfler la facture énergétique de 7 milliards de dollars. Les Émirats, partenaires BRICS depuis janvier, ont répliqué en menaçant de geler les salaires des travailleurs indiens. Ryad, en phase d’adhésion, brandit la même arme : 3,2 millions de Indiens y triment pour faire tourner l’économie saoudienne. Autant de leviers qui rendent la moindre prise de position de Modi explosive.

Brics ou bric-à-brac ?

Brics ou bric-à-brac ?

L’organisation n’a plus sorti de communiqué commun depuis la capture de Nicolás Maduro par les États-Unis, six mois plus tôt. Aucun consensus, donc, sur deux crises majeures en moins d’un semestre. « Le club risque de devenir un forum WhatsApp géant », raille un diplomate sud-africain sous le couvert de l’anonymat. Pourtant, la géométrie variable du groupe – Iran et Émirats ennemis jurés autour de la même table – était connue. Ce qui l’est moins, c’est le coût réel de cette neutralité forcée : le baril affichant 118 $, les économies émergentes du bloc perdent 0,8 point de croissance par mois de retard, selon l’institut IIF.

Reste que Modi n’a pas le choix. Il lui faut à la fois préserver ses accès à l’uranium américain pour sa flotte de réacteurs et maintenir le corridor iranien qui alimente 14 % de ses raffineries. D’où la stratégie du « double silence » : ne pas condamner, ne pas soutenir, temporiser jusqu’à ce que le marché trouve un nouvel équilibre. Une posture qui agace même au sein de son propre camp : « Nous sommes devenus les gardiens d’une paix qui n’existe plus », peste un conseiller du ministère de l’Énergie.

La réunion d’urgence convoquée à Moscou le 18 novembre pourrait bien être la dernière chance de sauver la crédibilité du BRICS. Si l’Inde bloque encore, Téhéran menace de quitter le bloc et de vendre son brut exclusivement en yuans à Pékin, scellant la fin du dollar pétrolier pour la moitié du Sud global. Le message est limpide : celui qui trahira le premier emportera la manne. Et personne ne veut être le dernier à la table quand la manne sera partie.