Bitcoin a 73 600 $ : la résurrection qui n’arrive pas

73 600 $. Le chiffre clignote sur les terminaux à Singapour, mais dans les salles de marché personne n’applaudit. Le Bitcoin a grappillé 3,6 % lundi, puis s’est tu. Encore un faux départ, encore un rebond sans élan, encore une horloge cassée qui induit en erreur ceux qui croient que l’heure de la crypto a sonné.

Le range de 60 000-75 000 $ devient une tombe dorée

Depuis janvier, le roi des cryptos croupit dans ce couloir. Il a beau tambouriner contre les parois, la porte reste fermée. Chaque tentative de breakout est fauchée par une vague de liquidations, un dollar plus muscle, ou le simple manque d’oxygène du marché. Résultat : –40 % depuis le sommet d’octobre à 126 000 $. Les 19 milliards de dollars de positions à effet de levier qui ont brûlé le 10 octobre n’ont jamais été remplacés. « On voit le schéma : open interest en hausse, funding négatif, spike, retour à la case départ », résume Jasper De Maere, trader OTC chez Wintermute. Les vendeurs à découvert paient même pour rester en position : le sentiment est si morose qu’il faut les soudoyer pour qu’ils restent.

Le volume, lui, a fondu. Fin 2025, on échangeait chaque jour l’équivalent du PIB de la Slovénie en BTC. Aujourd’hui, c’est à peine celui de Vilnius. Andreja Cobeljic, chez AMINA Bank, triture les courbes : « Même le pullback de 20 % qu’on a eu après la chute ne suffit pas. Le momentum est mort. » Elle a vu ce film trois fois : crash, rebond mi-mollet, stagnation. Acte III, scène identique.

Le pétrole et le tungstène volent, la crypto regarde par terre

Le pétrole et le tungstène volent, la crypto regarde par terre

Pendant ce temps-là, le brut flambe de 70 à 120 $ le baril, l’aluminie frôle les records, le tungstène – oui, le métal des ogives – grimpe de 557 %. Le Bitcoin ? Il fait figure de vieux grigou qui a oublié son ticket. Jeff Currie, ex-chef matières premières de Goldman, résume la scène : « C’est la revanche de la vieille économie. Les investisseurs veulent du tangible, du lourd, du bas-obsolescence. Ils veulent du HALO : Heavy, Low-Obsolescence. » Pas du code.

La rotation est brutale. Les ETF BTC ont quand même capté 2 milliards de dollars en trois semaines, mais c’est de la monnaie de singe comparée aux flux qui inondent le contrat pétrole sur Hyperliquid, devenu le produit star des plateformes 24 h/24. Karl Naim chez XBTO tente le pari contrarien : « Le BTC diverge enfin des actions, c’est le signe d’un actif mature. » Mature, peut-être. Séduisant, non.

L’espagne, l’or et la défense : la fausse piste qui fait peur

L’espagne, l’or et la défense : la fausse piste qui fait peur

Alors que Varsovie annonce vendre ses lingots pour financer des missiles, Madrid étudie la même étrange algèbre. Le modèle polonais inquiète : si l’or devient un simple trésor de guerre, pourquoi pas le Bitcoin ? Sauf que l’or pèse, tié chaud, s’empile dans des coffres blindés. Le BTC, lui, reste une ligne de code exposée aux câbles sous-marins et aux sanctions. Le marché n’a pas oublié que la Russie a tenté, en 2022, d’utiliser des cryptos pour contourner l’isolement. Résultat : les mineurs ont fui, les liquidités ont tari.

Et puis il y a le reste du monde. Crédit privé gonflé, inflation qui s’accroche, banques centrales sans munitions : Cobeljic voit une prochaine crise de marge appeler une nouvelle chute. Son scénario : pic de soulagement à 78 000 $, puis retour vers 55 000 $. Le cycle se répète, mais chaque tour use un peu plus la courroie.

Alors on regarde les bougies, on espère le golden cross, on invente des raisons. La vérité est plus crue : le Bitcoin a gagné contre les actions depuis le début du conflit iranien, mais seulement parce qu’il était déjà à terre. Le tout-venant préfère aujourd’hui un baril stocké dans un tank irlandais à 100 $ qu’un wallet plein de promesses. La rareté numérique ne vaut plus face à la pénurie réelle. La guerre a changé les règles : la valeur refuge, c’est ce qu’on peut toucher, peser, charger sur un cargo. Le reste, c’est du bruit. Et le bruit, à 73 600 $, ne paie plus les factures.