Alibaba mise 100 milliards sur l’ia pour survivre à son effondrement boursier

Alibaba vient de transformer une dégringolade en pari de 100 milliards de dollars. Le bénéfice net du géant chinois s’est effondré de 67 % au dernier trimestre, sa pire performance depuis deux ans. Réponse d’Eddie Wu, le CEO : multiplier par cinq les revenus cloud et IA d’ici 2030 pour atteindre 100 milliards annuels. Une manœuvre de poker face à des actionnaires qui ont vu l’ADR plonger 9,9 % en séance, la plus violente depuis avril 2025.

La stratégie nuage cache un trou de 18 milliards de dollars

La division cloud a engrangé 2 % de croissance, soit 284,8 milliards de yuans (41,3 milliards de dollars), mais ce chiffre masque la détresse des commerces traditionnels. E-commerce, livraison, services locaux : tous saignés par des promotions massives censées contrer Pinduoduo et Meituan. Résultat, la marge opérationnelle fond comme neige au soleil. Les analystes de Bloomberg préviennent : même un boom de la demande GPU ne reboucherait pas ce gouffre.

Wu mise sur deux leviers : des agents IA capables de rédiger, coder et négocier en mandarin, et un Token Hub censé attirer développeurs et start-ups. Objectif affiché : 100 millions de tokens générés par jour d’ici juin. Derrière le buzzword, c’est la survie du modèle Alibaba qui se joue. Le groupe a déjà dilué ses prix cloud de 20 % pour séduire les PME chinoises, une guerre que Amazon et Microsoft ne mènent pas encore avec la même férocité.

L’ia ne nourrit pas ses ouvriers

L’ia ne nourrit pas ses ouvriers

Reste la dure loi des comptes. Les revenus IA restent confinés à la division cloud, qui ne pèse que 12 % du chiffre d’affaires total. Les 88 % restants – Taobao, Tmall, Ele.me – dépendent toujours du pouvoir d’achat d’une classe moyenne chinoise à la peine. D’où la tension paradoxale : plus Alibaba investit en GPU Nvidia, plus elle creuse son trou commercial. Le cash-flow disponible a fondu de 30 % sur l’année fiscale. Le groupe va devoir choisir entre dividendes et data centers.

Wall Street n’achète pas le discours. La valorisation d’Alibaba ramine à 1,4 fois ses ventes, un niveau proche des compagnies pétrolières en déclin. À Hong Kong, les fonds passent le relai aux day-traders spéculant sur la prochaine annonce gouvernementale. Car Pékin, lui, continue de relancer à coups de 60 milliards de yuans de subventions à l’IA. Alibaba en profite déjà : ses crédits d’impôt recherche ont doublé en 2024. Sans cette manne, le plan Wu ressemblerait à un vœu pieu.

La bataille est lancée. D’ici 2030, Alibaba veut facturer plus de cloud que Oracle n’en gagne aujourd’hui. Pour y parvenir, il lui faudra convaincre des millions de marchands Taobao de payer pour des algorithmes qu’ils utilisent encore gratuitement. Le pari est immense, le temps court. Et pendant ce temps, le titre continue de cligner du rouge chaque matin à l’ouverture de New York.