Adieu les multiprises : l’espagne bascule vers la prise murale qui rend l’électricité invisible

On a tous grandi avec la même scène : un gros bloc blanc dépassant du mur, des câbles qui pendent, une multiprise qui surchauffe derrière le canapé. Cette image vieille de cinquante ans vient de rendre son dernier soupir. Madrid, Barcelone, Valence : les chantiers de réhabilitation multiplient les circuits électriques modulaires qui se posent à la surface, sans carreau arraché, sans poussière, sans devis de 3 000 €. Le câble disparaît dans une gorge de 4 mm, la prise se clipse comme un Lego, et l’habitat bascule dans une èse où le courant arrive exactement là où l’on en a besoin, quand on en a besoin.

Le câble sous la gorge : comment un adhésif remplace le burin

Le secret tient à deux micro-alvéoles. Une bande adhésive polymère haute adhérence – développée pour l’aéronautique – remplace la traditionnelle cuvette de 7 cm de profondeur. Elle colle sur plâtre, béton, poutre apparente ou plafond voûté. Le fil gainé glisse dans une canalette teintée dans la masse, couleur RAL assortie au mur. Résultat : une ligne de 5 mètres se monte en vingt minutes avec un simple tournevis cruciforme. Le système est réversible : déclipser, repositionner, agrandir. Plus besoin de plâtrier, plus besoin d’attendre trois jours de séchage. Les promoteurs immobiliers espagnols l’ont d’ores et déjà intégré comme standard dans les rénovations de 2025-2026.

Le changement de braquet est économique. Une rallonge certifiée 16 A + protection enfants + variateur Wi-Fi coûte 12 €. Le même équivalent en trémie murale, c’est 180 € hors main-d’œuvre. Multiplié par huit points de charge dans un T2, l’écart atteint 1 300 €. « Le client paie 80 % moins et repart avec une installation inspectable à vue », résume Anaïs Lozano, gérante de la boutique Modulor à Saragosse, qui a vu ses ventes quadrupler en dix-huit mois.

Multiprise 2.0 : quand la prise devient disque dur domestique

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Car le module n’est plus seulement un trou rond. Certains intèrent un capteur de consommation qui remonte 2 400 mesures par jour vers l’application. Le log affiche le pic de démarrage du four, la veille du téléviseur, le cycle du lave-linge. Un algorithme local prédit la surcharge et coupe automatiquement la phase la moins prioritaire. Test réalisé dans un loft de Malasaña : la facture a baissé de 14 % en trois mois sans que les colocataires changent leurs habitudes.

Le design achève de convaincre les architectes d’intérieur. Céramique mate, anodisé bronze, plaqué béton ciré : les finitions se déclinent en 42 teintes. Les canalettes deviennent traits graphiques, angles d’ombre, lignes de fuite qui répondent aux menuiseries. Dans les appartements avec murs en brique recuite du XIXᵉ, on les laisse apparentes : un ruban de cuivre brut qui court jusqu’à la bibliothèque, évoquant une galerie technique d’usine reconvertie. Le « câble décor » est en passe de devenir un motif à part entière sur Pinterest España.

Le futur a déjà pris date : 400 000 foyers convertis d’ici 2027

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Le ministère de la Transition énergétique vient de classer le système modulaire comme intervention éligible aux aides « Rehabilita 2025 ». Objectif : 400 000 logements équipés dans les quatre ans. Le fabricant basque Velix annonce une ligne 100 % recyclée à 92 % et un tarif réduit de 35 % pour les collectifs HLM. Le mouvement est lancé : syndics de copropriété, chaînes hôtelières, bureaux en télétravail massif adoptent la norme. Le câble ne passera plus dans la maison, il fera partie de la maison – invisible, efficient, prêt à être déplacé comme un meuble.

On mesure ici moins une révolution technologique qu’un glissement culturel. L’Électricité cesse d’être ce réseau figé que l’on subit ; elle devient un tissu mouvant que l’on habille, que l’on retire, que l’on réadapte. Une multiprise qui surchauffe, c’est désormais un dinosaure. Une prise qui colle au plafond, c’est l’Espagne qui rattrape deux décennies de retard en design résidentiel en un claquement de doigts. Demain, regarder un mur nu ne sera plus un signe d’oubli, mais la preuve que le courant circule ailleurs – plus proche, plus malin, et définitivement sans poussière.