2026 : La course à la lune bascule dans l’ère commerciale

En 2026, le satellite de la Terre cessera d’être un décor lointain. Il deviendra un chantier spatial, un terrain d’essai pour la survie hors-atmosphère et, surtout, un marché. Orion, Chang’e-7, Blue Ghost M2 et Miura 5 vont y croiser le fer à quelques mois d’intervalle. Objectif : eau, débris, puces et contrats.

Orion sort enfin de l’orbite terrestre

Le 27 août, quatre astronautes s’élanceront depuis le Kennedy Space Center à bord d’Orion. Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et le Canadien Jeremy Hansen survoleront la face cachée de la Lune, franchiront les 400 000 km et reviendront sans poser le pied. Dix jours pour valider boucliers thermiques, recyclage d’urine et logiciels de navigation avant qu’Artemis III ne tente le premier alunissage crewé depuis 1972. Le vol est gratuit pour la NASA : 4,1 milliards $ déjà dépensés. Le retour sur investissement se mesurera en images, en données physiologiques et en crédibilité face à Pékin.

Chang’e-7 chasse la glace à la frontière −230 °c

Chang’e-7 chasse la glace à la frontière −230 °c

En août, la sonde chinoise décollera vers le pôle Sud. Elle larguera un orbiteur, un lander, un rover et… une « fusée-sauterelle » capable de palper les cratères éternellement noirs. Le capteur principal : un spectromètre à neutrons qui flairera l’hydrogène enfoui. Si la gline se confirme, la future base lunaire boira local et Pékin facturera l’eau à prix d’or. Pékin a déjà signé des accords de recherche avec la Russie, la Bolivie et l’Egypte ; l’ Antarctique terrestre leur servait d’entraînement.

Firefly veut gratter la face cachée avant musk

Firefly veut gratter la face cachée avant musk

Blue Ghost M2, financée par le programme CLPS de la NASA, embarquera six payloads et le rover émirati Rashid 2. Atterrissage prévu fin 2026 sur le bassail de Shoemaker. Objectif : tester un générateur solaire pliable, une antenne 4G lunaire et un spectromètre radio qui écouterait le murmure de l’âge noir de l’univers. Si la puce électronique britannique rad-hard tient −180 °C, Surrey Satellite et Nokia signeront des contrats à la chaîne.

Miura 5, le pari iberique de kourou

Miura 5, le pari iberique de kourou

PLD Space n’a pas encore de date, mais le Miura 5 est débouté sur le pas de tir guyanais. Deux étages, récupération du premier par parachute, prix du vol 15 M€ pour 900 kg en basse orbite. Le carnet de commandes affiche 70 M€, dont une navette espagnole de connectivité IoT. Si l’appareil s’en sort, l’Europe disposera enfin d’un taxi petits satellites indépendant de Vega et de Falcon 9. Le CNES et l’ESA observent, prêts à transformer l’essai en programme institutionnel.

Trump veut une base avant 2029

Trump veut une base avant 2029

Le 47e président américain a signé une directive présidentielle : habitats imprimés, réacteurs nucléaires de 10 kW et puits de glace d’ici la fin de son mandat. Le budget n’est pas voté, mais la ligne est claire : d’abord la Lune, ensuite Mars. Lockheed et Northrop Grumman bricolent déjà des modules en aluminium recouvert de pneus recyclés pour absorber les radiations. Le délai est court ; la pression, maximale.

L’eau glacée devient monnaie d’échange

L’eau glacée devient monnaie d’échange

Chaque mission traque la même ressource : H2O. Pourquoi ? Un litre coûte 2 000 $ à faire venir depuis la Terre. Localisez 100 t et vous couvrez dix ans de vie lunaire : boisson, oxygène, ergol (hydrogène + oxygène = 450 s d’impulsion). Le premier qui prouvera une extraction rentable déclenchera la ruée. Washington et Pékin négocient déjà des zones d’intérêt ; l’accord OST de 1967 n’a pas prévu le cas.

Le ciel s’ouvre aussi ailleurs

Le ciel s’ouvre aussi ailleurs

Smile scrutera la magnétosphère terrestre dès avril 2026. BepiColombo enfin en orbite autour de Mercure en novembre. Rocket Lab enverra une sonde dans les nuages de Vénus pour traquer la phosphine, molécule soupçonnée d’origine biologique. Le télescope Roman, lancé en mai 2027, cartographiera l’énergie noire sur la moitié du ciel en cinq ans. Chaque appareil est une pièce du puzzle : survivre, miner, comprendre, coloniser.

En 2026, la Lune ne sera plus un drapeau planté dans le régolithe. Elle deviendra un terminal logistique, un comptoir d’eau et un terrain d’essai pour les lois du marché spatial. Qui livrera le premier litre, posera la première brique, signera la première facture, dictera les règles du jeu. Le prochain chapitre de l’exploration ne s’écrira pas dans les étoiles, mais dans les carnets de commande.