La nasa filma en directo le choc de deux planètes qui fait écho à la naissance de la lune
C’est l’instant où l’infrarouge s’embrase, le 24 juin 2021, à 3 000 années-lumière de nous. Deux corps glacés du système de l’étoile Gaia20ehk viennent de s’entre-tuer. Les débris, portés à 900 K, voilent la lumière de leur étoile comme un rideau de cendres. Anastasios Tzanidakis et James Davenport, Université de Washington, n’ont pas seulement « vu » la collision : ils l’ont chronométrée, modélisée, datée. Résultat : un replay cosmique du crash qui a inventé notre Lune il y a 4,5 milliards d’années.
Une seconde origine en streaming
Depuis 2016, le télescope Zwicky surveillait Gaia20ehk pour d’obscures variables. En 2020, la courbe de lumière part en vrille : pics, creux, rebonds intempestifs. Le signal infrarouge explose, la luminosité visible s’effondre. Le 24 juin 2021, le flux thermique atteint 900 kelvins. Trop chaud pour de la poussière, trop brutal pour un simple astéroïde. L’équipe injecte les données dans un moteur d’hydrodynamique Smoothed-Particle. verdict : deux exoplanètes de 2 et 4 masses terrestres, orbite quasi-circulaire à 1 UA, s’accrochent à 35 km/s. Leur noyau métallique s’éventre, les manteaux rocheux s’éjectent en un anneau de débris qui, demain, condensera une lune… ou plusieurs.
La Terre et Théia ont déjà joué ce scénario. Le même angle d’impact, la même température de vapeur de silicate, le même ruban de débris qui finit en satellite. « On croyait l’événement unique ; on découvre qu’il est reproductible », résume Davenport. La différence : celui-là est filmé en 4K par WISE et NEOWISE, sans équivalent depuis la mission Apollo.

Vera rubin ouvrira le chantier des cent chocs
Le catalogue Zwicky enregistre 5 000 étoiles à anomalies similaires. Avec le télescope Vera C. Rubin, en service en 2025, l’équipe table sur 100 collisions détectables d’ici 2036. Chacune offrira un laboratoire natal : mesurer le taux de rosace de débris, doser les isotopes de l’oxygène, tester la durée de vie des anneaux pré-lunaires. Objectif : caler la probabilité réelle que la Lune naisse ailleurs, et donc que la vie tourne autour d’autres « nous ».
La Nasa, elle, vient de publier les « duendes rojos » vus depuis l’ISS : arcs électriques rougeoyants dans l’ionosphère, phénomène sans lien direct mais qui rappelle que le cosmos brille aussi dans l’invisible. Entre les sprites et les éclats de planètes, l’univers se livre en duplex : lumière et chaleur, passé et présent.
D’ici là, le render de Tzanidakis tourne en boucle dans les laboratoires. Des poussières à 627 °C qui deviendront peut-être, dans quelques millions d’années, un ciel nocturne pour des créatures qui ignoreront que leur lune est née d’un accident. Le temps, comme la matière, recycle ses drames. Nous venons de recevoir le premier épisode d’une série qui n’en finira jamais.
