Le gazole dépasse 2 € : le choc pétrolier de pâques frappe l'espagne
Le gazole a franchi la barre des 2 € le litre dans 6 % des stations-service espagnoles ce week-end, et la proportion pourrait exploser à 28 % si les cours du brut poursuivent leur embardée de trois centimes en trois jours. Conclusion : avant même que les premiers « operation salida » ne s’organisent, le budget vacances de millions de conducteurs est déjà en surchauffe.
Cuerpo avoue : la bonification de 0,20 € « n’est peut-être pas la bonne arme »
Le ministre de l’Économie, Carlos Cuerpo, l’a laissé entendre dimanche soir : le rabais général sur le carburant, instauré en 2022, pourrait ne pas figurer dans le paquet d’urgence que présentera le Conseil des ministres convoqué vendredi. Motif ? « Le plus grand défi reste la volatilité des cours, pas le prix à la pompe en lui-même », glisse-t-on dans son entourage. Traduction : Madrid craint de verser un soutien public dans un trou pétrolier sans fond.
Derrière la flambée, la tension iranienne fait loi. Une série d’attaques attribuées à Téhéran dans le Golfe a propulsé le Brent à 92 $, son plus haut depuis novembre. Or 30 % du pétrole mondial transite par Ormuz ; une menace sur ce détroit et les algorithmes de trading s’affolent, emportant avec eux les prix de gros que payent Repsol, Cepsa et les réseaux low cost.

Le low cost se rapproche du premium, l’automobiliste perd la moindre échappatoire
La guerre des prix est en voie d’extinction. L’écart entre les stations « discount » et les majors s’est réduit de 20 % à 15 % en quelques semaines, réduisant l’économie maximale à 24 centimes pour le gazole et 22 pour l’essence 95. Résultat : même en roulant 15 km pour faire le plein, le gain tombe sous les 3 €, quand le plein moyen grimpe déjà à 110 € pour un SUV familial.
L’Organisation de consommateurs et usagers (OCU) met en garde : la vague va dépasser le simple réservoir. Le gaz naturel et l’électricité suivront la courbe, plombant encore un peu plus les foyers où 45 % des Espagnols avouent « difficile » ou « très difficile » d’assumer les frais de voiture et 33 % ceux du chauffage. L’association réclame une baisse temporaire de la TVA sur l’énergie, mesure que le gouvernement rejette pour l’instant au nom de la discipline budgétaire.
Le message est limpide : celui qui part en famille vers Andalousie ou les plages de Valence ce week-end paiera son plein plus cher qu’à l’apogée de la crise énergétique de 2022. Et vendredi, au lieu d’un chèque-carburant, l’exécutif pourrait annoncer… une simple ligne de crédit pour les transporteurs professionnels. Mauvaise nouvelle pour les 12 000 stations qui attendent des mesures capables de désamorcer la colère des automobilistes avant l’explosion sociale.
