Hotsat-2 va scruter vos murs : londres déploie l’œil thermique qui voit à travers la pierre

Le 29 mars 2026, un Falcon 9 s’élèvera de Vandenberg avec à son bord une caméra qui fait passer le « tout-voir » de Google Earth pour de la pacotille. HotSat-2 n’est pas un satellite d’internet : c’est un radiographe planétaire capable de lire la signature thermique d’une turbine à l’intérieur d’une raffinerie, ou de compter les wagons sur un quai de triage, à travers le béton et l’acier.

Londres n’a pas signé le chèque – Westminster garde ses distances – mais le financement vient de Tokyo, de la Silicon Valley et d’un fonds d’investissement américain lié au renseignement. Résultat : SatVu, start-up créée en 2019 derrière le projet, a déjà vendu les futures images à des agences énergétiques, des assureurs et, officieusement, à certains membres du club Five Eyes.

30 Fois plus précis que landsat, une image toutes les deux heures

La résolution ? 3,5 mètres dans l’infrarouge thermique, soit trente fois celle du Landsat-9 de la Nasa. La cadence ? Un passage toutes les 120 minutes sur n’importe quel point du globe. « On ne regarde plus les toits, on lit la respiration des bâtiments », résume Anthony Baker, directeur général de SatVu. Exemple : si un incendie éclate à Ras Laffan au Qatar, HotSat-2 déterminera en moins de trois heures quelle colonne de distillation est hors service et si la flamme menace les réservoirs de propane adjacent.

Le truc repose sur un capteur cryo-refroidi de 130 Mpx, dérivé des instruments de la mission Sentinel-3 de l’ESA, mais miniaturisé pour tenir dans un bus satellite de 150 kg. Le pixel thermique est calibré à 0,1 °C près ; un degré d’écart suffit pour repérer une fuite de vapeur, une sur-tension sur une ligne à haute tension ou, plus délicat, l’activité nocturne d’un atelier d’enrichissement d’uranium enterré.

Pétrole, espionnage, assurance : les premiers clients se bousculent

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Sur le papier, le marché est triple. Energie : Shell et Total ont déjà signé des lettres d’intention pour surveiller l’efficacité des torchères et détecter les fuites de méthane. Assurance : AXA Climate teste le service pour estimer, avant même l’envoi d’experts, le montant des pertes après un ouragan. Défense : des sous-traitants américains ont réservé des « fenêtres d’observation » au-dessus du détroit d’Ormuz et de la mer de Chine méridionale, sans que le ministère de la Défense britannique ne valide officiellement le moindre contrat.

Le risque ? Que la diplomatie thermique devienne un nouvel espionnage. Pékin a déjà fait savoir par la voie de son ambassade à Londres qu’un satellite capable de « voir à travers les murs » pourrait être considéré comme une « arme de surveillance préemptive ». SatVu rétorque que le rayon ne traverse que les toits, pas les bunkers souterrains, et que la résolution reste insuffisante pour distinguir un visage. Peu convaincant : un algorithme de corrélation croisée avec des images radar permet déjà d’inférer le nombre de personnes présentes dans un bâtiment à un instant T.

Huit satellites d’ici 2028, un ciel bientôt transparent

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Le 29 mars ne sera qu’un début. SatVu prévoit huit HotSat en orbite d’ici 2028, espacés de 45 minutes les uns des autres. Objectif : un renouvellement d’image toutes les 15 minutes sur les zones stratégiques. Coût total : 250 millions de dollars, déjà bouclé via une « SPAC » cotée à Francfort. Le modèle économique repose sur l’abonnement : 1 200 dollars le kilomètre carré pour un historique d’un an, moins cher qu’un vol de drone et sans risque de perdre l’appareil.

Conséquence : dans deux ans, un trader pétrolier pourra savoir si l’usine de Abadan tourne à plein sans attendre le communiqué officiel de Téhéran. Un général pourra vérifier, depuis Tampa, si les hangars de Bandar Abbas abritent bien des fonderies de missiles. Et un assureur pourra refuser une police incendie à une usine textile bangladaise dont la température interne dépasse 45 °C la nuit, signe d’un système électrique vétuste.

La terre n’a plus de secret, seulement des clients. Le 30 mars, alors que HotSat-2 entamera son premier jour complet d’observation, les opérateurs de SatVu auront déjà activé leur portail SkyTemp. Il ne restera plus qu’à choisir le bouton « acheter » pour télécharger la température d’un toit, d’une raffinerie, d’un bunker. Le mur de brique est mort ; vive le pixel chaud.