Trump signe la dette : son nom va figurer sur les billets verts

Les billets de 100 $ vont bientôt arborer une signature qui n’a jamais été imprimée depuis 1913 : celle d’un président en exercice. Le Trésor américain a annoncé jeudi que Donald Trump paraphera lui-même une partie des futures coupures de dollars, rompant avec 112 ans de tradition où seuls les secrétaires au Trésor et les trésoriers apposaient leur griffe sur la monnaie papier.

La séparation des pouvoirs pliée en quatre dans un portefeuille

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Scott Bessent, l’actuel secrétaire au Trésor, justifie la mesure par un « geste symbolique » censé refléter la « solidité budgétaire » de l’administration Trump à l’approche du 250ᵉ anniversaire de l’indépendance. Une rhétorique qui fait grincer les historiens : la réserve fédérale, garante de l’indépendance de la banque centrale, n’a jamais toléré l’ingérence politique sur le cuivre-plombé. Or, en plaçant la signature exécutive au cœur du circuit monétaire, la Maison-Blanche fusionne l’identité de l’État avec celle d’un homme.

Conséquence immédiate : le billet devient un artefact de campagne. Christian Grose, politologue à USC, prévient que le cash risque de se transformer en drapeau partisan. Les républicains pourraient s’amuser à payer comptant pour exhiber leur soutien, tandis que démocrates accéléreront vers les wallets numériques histoire de ne pas effleurer la trace papier d’un Trump. Le marché des paiements électroniques, déjà dopé par la pandémie, engrangerait un exode idéologique.

Sur le Forex, l’annonce tombe mal. L’indice Dollar Spot a glissé de 0,8 % en séance après la publication, porté à la baisse par les tarifs à l’importation qui grèvent le commerce et par la flambée du pétrole iranien qui alourdit la prime de risque. Un billet déjà malmené se voit affublé d’une étiquette politique : difficile d’imaginer banques centrales étrangères affichant des réserves de billets signés Trump sans déclencher un tollé interne.

Le Trésour garde le mystère sur les valeurs concernées. Sera-ce le 20 $, le plus distribué, ou le 100 $, la coupure refuge des caisses étrangères ? Et surtout, la mesure disparaîtra-t-elle après novembre 2028 ou s’inscrira durablement dans le design ? La dernière refonte complète remonte à 2003 ; elle avait pris six ans et coûté 121 millions $. Cette fois, le calendrier est électoral, pas technique.

En définitive, la monnaie américaine cesse d’être un vecteur neutre. Chaque échange manuel va glisser entre les doigts une signature présidentielle, rappelant à la population que la dette, les déficits et les taux d’intérêt portent désormais l’empreinte d’un seul homme. Le billet vert devient miroir : il ne reflète plus la puissance d’un État, mais l’obsession de son leader à graver son nom jusque dans les portefeuilles du monde entier.