L’état espagnol va recruter 27 000 fonctionnaires… mais il en manque déjà 100 000

Le gouvernement espagnol a promis 27 000 places dans sa prochaine offre d’emploi public. Motif officiel : absorber le passage aux 35 heures sans toucher au service. Traduction : il faudrait presque quadrupler ce chiffre pour éviter l’asphyxie des guichets de l’État d’ici 2026.

Un trou noir de 100 000 têtes

La réduction de la durée légale (37,5 h → 35 h) élimine 7,1 % de la présence réelle. Or les effectifs de la Administración General del Estado (AGE) ont déjà fondu de plus de 20 000 postes nets depuis 2014. Résultat : les 50 900 agents qui ont plus de 60 ans — un cinquième du total — partent à la retraite plus vite que leurs remplaçants n’arrivent. Le ministère de la Fonction publique le sait : d’ici 2030, 56 % des corps C2, 61 % des C1 et 95 % des niveaux E auront disparu.

Les syndicats rejettent la version « simple revalorisation du temps de travail ». « On ne signera pas une offre qui se limite à remplir les trous laissés par les départs », prévient un négociateur de CSIF. Leur ligne rouge : embaucher assez pour que la baisse d’heures ne se traduise pas par des files d’attente plus longues à Extranjería, au SEPE ou dans les caisses de la Sécurité sociale, où 700 000 régularisations s’annoncent en 2025.

Des places bloquées depuis 2020

Des places bloquées depuis 2020

Pire que le manque de créations : l’inertie administrative. Plus de 5 700 postes « non réservés » et 3 200 promotions internes datent d’offres précédentes mais n’ont toujours pas été convoqués. Le calendrier syndical exige que les sélections débutent l’année même de l’approbation. Sinon, préviennent les représentants, « l’offre de 2026 ne sera qu’une photo truquée : belle sur le papier, vide dans les bureaux ».

Le gouvernement brandit la modernisation et la conciliation comme justification. Objectif louable, mais insuffisant quand on sait que la tasa de reposición — le fameux « un départé sur deux remplacé » — bride encore les embauches. Le syndicat demande sa suppression pure et simple pour que chaque administration recrute selon ses besoins réels, et non en fonction d’un plafond comptable hérité de la Troïka.

La semaine de 35 heures débarque donc dans une machine déjà en surchauffe. Sans injection massive de personnel, le « progrès » risque de se lire autrement : guichets fermés le mercredi après-midi, délais d’expédition des pensions allongés, regularisations migratoires bloquées. Le droit de grève, lui, ne baissera pas d’une minute.