L'état espagnol coupe deux heures à la semaine… et crève déjà le manque de bras

Madrid vient de sceller la semaine de 35 heures pour 2,5 millions de fonctionnaires. Beau cadeau, sauf que l’administration perd 7,1 % de temps de travail sans avoir la moindre marge de manœuvre. Résultat : les guichets du SEPE, de la Sécurité sociale et des bureaux d’étranger vont hurler plus fort que jamais.

Des bureaux déjà à l’agonie

La réduction tombe sur une machine administrative vieillissante : 66 % des agents de l’administration générale de l’État ont plus de 50 ans. En 2030, 57 % de la feuille de paie actuelle partira à la retraite. Le collectif C2, pilier des services publics, perdra 72 % de ses effectifs. Le groupe E disparaîtra presque entièrement. Et pendant ce temps-là, l’offre d’emploi 2026 n’augure que 27 000 postes, même niveau que l’an passé.

Les syndicats refusent le scénario « moins d’heures = moins de service ». Ils exigent une OEP qui crée de l’emploi net, pas un simple remplacement des départs. Car la OEP 2025 a déjà échoué : les départs ont dépassé les recruts. L’État a donc perdu du personnel en voulant en gagner.

5 700 Postes fantômes traînent depuis 2020

5 700 Postes fantômes traînent depuis 2020

Autre révélation gênante : plus de 5 700 places budgétées pour de nouveaux entrants n’ont jamais été ouvertes. Ajoutez 3 200 promotions internes bloquées et vous obtenez un réservoir de 9 000 agents prêts à travailler… mais que l’administration n’a pas convoqués. Le ministère de la Fonction publique promet « agilité » ; les fonctionnaires rétorquent « gabegie ».

La semaine de 35 heures n’est pas qu’un réglage d’horloge. Elle force à réinventer les shifts, à fermer certains guichets le samedi, à généraliser le télétravail là où le lien physique est vital. Les services d’attention continue — hôpitaux publics, prisons, douanes — doivent déjà caler des roulements inédits sans budget supplémentaire.

Bonus : le calendrier 2026 offrira un jour de congé supplémentaire « pour raison d’organisation ». Symbole suprême d’une réforme qui donne du temps aux agents pendant qu’elle en retire au citoyen.

Le gouvernement parle de modernisation et d’attractivité. Les chiffres, eux, chantent une autre chanson : 20 000 emplois nets perdus en dix ans, 50 900 agents de plus de 60 ans prêts à partir, et une génération C2 qui s’éteint. Réduire le temps de travail sans colmater la fuite des effectifs, c’est couper le robinet d’eau alors que le réservoir est déjà à sec.