Espagne : 35 heures et retraite partielle, l'état relance la machine administrative
Madrid frappe un grand
coup : après avoir imposé la semaine de 35 heures dans la fonction publique en avril, le gouvernement débloque enfin la retraite partielle pour plus de 1 000 agents publics piégés dans l’impasse depuis la réforme de 2025. Un décret-loi en préparation va autoriser le recours à des contrats de remplacement temporaires à temps complet, bricolage juridique destiné à contourner les rigidités du système d’oppositions.Le piège de la réforme 2025 se referme
L’an dernier, l’exécutif avait durci les conditions : tout fonctionnaire voulant partir à 60 ans avec 80 % de salaire et 50 % de pension devait être remplacé par un titulaire nommé à vie. Résultat : les administrations, sans prévision budgétaire ni concours programmés, ont purement et simplement gelé les dossiers. « On nous a promis une flexibilité, on a hérité d’un mur », résume un contrôleur des finances à Séville qui attend son départ depuis dix-huit mois.
Le texte que le Conseil des ministres doit adopter d’ici quinze jours change la règle : si aucun titulaire n’est disponible, l’administration pourra signer un CDD de remplacement « simultané » au départ du senior, puis ouvrir le concours. Le CDD prendra fin le jour où le lauréat intègre le poste. Une pirouette qui satisfait le ministère de la Fonction publique sans réécrire le statut général.

1 036 Dossiers en attente et un timing politique serré
La direction des ressources humaines du gouvernement compte 1 036 demandes bloquées, principalement dans la santé, l’enseignement et les corps de inspection. Le coût : 42 millions d’euros de pensions partielles différées. Le décret devra être validé dans les trente jours par une majorité simple au Congrès, où le parti socialiste n’a plus de marge depuis la défection des indépendants catalans. D’où l’urgence : chaque semaine perdue rapproche l’échéance des municipales de mai, où la gestion des services publics sera au cœur du débat.
Le syndicat CSIF accuse l’exécutif d’« utiliser la retraite comme monnaie d’échange électorale ». Le gouvernement rétorque que la mesure évitera « l’asphyxie par le non-remplacement » dans des hôpitaux où le taux de vacance dépasse 18 %.

Intérimaires et opposants : la guerre des chiffres
Autre innovation : si le remplaçant titulaire quitte le poste avant deux ans, une nouvelle vacance ouvrira droit à un contrat d’intérim. Le temps que le concours suive son cours, l’administration pourra faire appel à des contractuels, une pratique jusqu’ici interdite dans la fonction publique espagnole. Les oppositions dénoncent « la précarisation déguisée » ; la ministre María Jesús Montero assure que « la garantie de titularisation reste la règle, l’intérim n’est qu’un garde-fou ».
Le patronat privé, de son côté, observe la scène avec gourmandise : la réduction du temps de travail dans la sphère publique pourrait servir de levier pour réclamer la même flexibilité dans l’entreprise. Le syndicat UGT déjà en alerte : « On ne négociera jamais une 35 heures à la carte. »
La semaine prochaine, la commission des budgets publiera son étude d’impact : 5 000 postes vacants supplémentaires risquent de sauter si le décret est retoqué. Madrid n’a plus le choix : il faut que la machine administrative tourne avant que les urnes ne parlent.
