Deripaska veut 72 heures de labeur hebdo pour sauver la russie
Le baron de l’aluminium russe Oleg Deripaska exige une semaine de 72 heures : douze heures par jour, six jours sur sept, pour « digérer » la mutation économique qui, selon lui, vient de clouer le pays au sol. Pas une récession, martèle-t-il, une mutation structurelle qui transforme les opportunités mondiales en enjeux régionaux.
Sur son canal Telegram, le fondateur de Rusal dégaine l’horloge : 8 h-20 h, samedi inclus, « plus tôt on bascule, plus vite on sort du tunnel ». Deripaska ne parle pas de productivité, il parle de survivance. Le Kremlin n’a pas encore réagi, mais le message est clair : le temps est devenu la denrée la plus rare de la Russie post-sanctions.
Le pétrole ne suffit plus à remplir les caisses
Le bouquet financier du pétrole à 100 $ le baril – +70 % depuis janvier – masque une réalité têtue : la croissance a fondu de 4,3 % en 2024 à 1 % en 2025. Les sanctions, le détournement des tankers autour du détroit d’Ormuz et la réduction des exemptions américaines ont réduit le circuit d’écoulement sans toucher au prix. Résultat : Moscou gagne plus par baril mais vend moins de barils. Le budget, qui dépend à 35 % des hydrocarbures, respire à peine.
Deripaska le sait : le brut ne sauvera pas l’industrie ni l’aluminium, secteur où sa compagnie a déjà dû fermer des cuves faute de composants occidentaux. D’où sa formule brutale : transformer la « capacité nationale à se serrer les coudes » en heures supplémentaires non payées, ou du moins non comptées.

La contre-offensive de la silicon valley sibérienne
Côté technologique, la réponse ne vient pas des oligarches mais des start-up de Novossibirsk et Ekaterinbourg. Depuis 2022, le nombre de logiciels domestiques certifiés a quadruplé. Les équipes y travaillent déjà en mode « 996 » : 9 h-21 h, six jours sur sept. Résultat : un système d’exploitation alternatif, des puces Baikal qui tournent sans ARM ni x86, et des drones de reconnaissance produits à la chaîne dans des anciennes usines d’électroménager.
Leur secret ? Des cycles courts, des investisseurs privés qui acceptent des marges minces et un accès direct aux ministères via des plateformes de commandement militaire. Une manière d’ignorer le taux d’intérêt de la Banque centrale – 16 % – et la chute du rouble. Le message est simple : quand la finance traditionnelle s’effondre, l’innovation s’accélère.

Deripaska, dernier héraut d’un capitalisme soviétique
Deripaska n’invente rien : il recycle la doctrine stakhanoviste en l’habillant de nécessité libérale. En 1935, on glorifiait Alexeï Stakhanov qui extrayait 102 tonnes de charbon en une seule journée. En 2025, on demande à l’ouvrier moyen de monter 12 heures de ligne de production pour compenser l’impossibilité d’importer des robots allemands.
La différence ? Le combustible n’est plus l’idéologie, c’est la peur de la déconnexion globale. Et le pari est risqué : allonger les horaires sans hausser les salaires peut faire fuir la main-d’œuvre qualifiée vers la Géorgie, l’Arménie ou la Kazakhzstan, où le visa est gratuit et l’anglais suffit.
Ironie du sort : l’aluminium de Russal, vendu en contrebande via la Turquie, alimente les chaînes d’assemblage européennes… qui produisent les machines-outils que Moscou ne peut plus acheter. Le cercle se referme, et Deripaska le sait : il ne reste plus que la sueur pour briser ce cycle. La montre affiche 20 h 01 ; ailleurs, c’est déjà l’heure de la relève. En Russie, c’est l’heure de recommencer.
