Laliga bloquee massivement des sites web : une escalade aux conséquences inattendues
LaLiga, l’instance dirigeante du football espagnol, est sous le feu des critiques pour une stratégie agressive visant à lutter contre la piraterie. Mais cette lutte, menée par Javier Tebas, a des répercussions bien au-delà des flux illégaux, touchant des services légitimes et suscitant l’indignation de développeurs et d’organisations.
Des blocages indiscriminés au nom de la lutte contre la piraterie
Depuis un an, LaLiga a mis en place un système de blocages massifs basés sur des adresses IP partagées, en s'appuyant sur des décisions de justice. Le problème ? Cette approche large englobe des sites web n'ayant aucun lien avec la piraterie, comme OpenAI (ChatGPT), la Real Academia Española (RAE), Twitch, et même des plateformes d'institutions espagnoles. L'objectif est clair : forcer les fournisseurs d'accès à Internet (Orange, Digi, Movistar) à agir rapidement face à la diffusion illégale des matchs.
Javier Tebas, le président de LaLiga, minimise les plaintes concernant ces blocages, les qualifiant de « fumisterie » et accusant les utilisateurs mécontents d'être de simples « frikis ». Mais derrière cette rhétorique, se cache une réalité plus complexe.

Quand la lutte contre la piraterie affecte l'innovation et l'éducation
Codely, une plateforme éducative dédiée au développement et à l'intelligence artificielle, est l'un des exemples les plus frappants des conséquences de cette politique. Bloquée suite à une erreur de Movistar, la plateforme voit ses utilisateurs, des professionnels et des entreprises payantes, privés d'accès à des cours essentiels. « Depuis février 2025, ils bloquent Cloudflare, le service intermédiaire que nous utilisons. Nous sommes une plateforme éducative, rien à voir avec la piraterie de matchs de foot », s'insurge Codely dans un communiqué.
L'affaire ne s'arrête pas là. LaLiga semble viser également Google, qu'elle accuse de violation de la propriété intellectuelle et de blanchiment de capitaux, avec pas moins de 17 plaintes pénales dans le monde entier. Steam, avec ses 130 millions d'utilisateurs actifs mensuels, ou encore MadridSalud, sont potentiellement dans la ligne de mire. Une escalade qui questionne la pertinence et l'éthique de la stratégie adoptée.

Une remise en question de la neutralité du net
Les experts et les organisations de défense des droits numériques dénoncent une atteinte à la neutralité du réseau. LaLiga, en agissant de la sorte, se place au-dessus des autres services légitimes, décidant unilatéralement de ce qui est acceptable ou non sur internet. L'incident du 23 mars 2026, où Movistar a laissé les blocages actifs, illustre la fragilité du système et ses conséquences sur les utilisateurs.
Si des canaux de signalement de la piraterie existent, comme le fait d'ailleurs Cloudflare, LaLiga préfère une approche brutale et aveugle. Le gouvernement espagnol semble pour l'instant choisir de ne pas s'immiscer dans ce débat, laissant LaLiga poursuivre sa stratégie controversée.
Alors que les recours judiciaires sont en cours et que les critiques s'accumulent, il reste à voir si LaLiga changera de cap. En attendant, les utilisateurs, comme ceux de Codely, n'ont d'autre choix que de recourir à des VPN pour accéder à leurs services, un contournement qui souligne l'absurdité de la situation. LaLiga semble prête à sacrifier le bien-être de milliers d'utilisateurs légitimes sur l'autel d'une lutte contre la piraterie qui, au final, se révèle contre-productive et nuisible à l'écosystème numérique espagnol.
