France frappe les spectateurs de foot pirate : 400 € d'amende pour un match de ligue 1

François, 42 ans, a regardé le Classique OM-PSG dans son salon, une bière à la main. Quinze jours plus tard, l’enveloppe AR tombait : 350 € d’amende pour « consultation illicite d’une retransmission sportive ». Il fait partie des vingt premiers spectateurs verbalisés depuis que la Hadopi a décidé de traquer non plus seulement les vendeurs, mais aussi les consommateurs de IPTV pirate.

Des amendes de 300 à 400 €, mais le plafond grimpe à 7 500 €

L’opération, révélée par L’Équipe, a débuté fin 2023. Les enquêteurs ont identifié des réseaux Telegram vendant des abonnements 5 €/mois, gratté les logs, puis croisé les adresses IP avec les fournisseurs d’accès. Résultat : une vingtaine de procès-verbaux expédiés, tous pour retransmissions de Ligue 1. Le montant semble symbolique, mais le code pénal autorise déjà 1 500 € d’amende et 3 750 € de dommages-intérêts par œuvre. Multipliez par le nombre de matchs visionnés et la facture peut flamber.

La France rejoint ainsi l’Italie, la Grèce et le Portugal, où les utilisateurs finaux écopent déjà de sanctions. À Milan, certaines amendes dépassent 2 000 €. À Athènes, le ministère de la Culture a fait installer des pop-ups sur les box pirates : « Vous êtes en train de commettre un délit. » Le message est clair : plus question de laisser la demande tranquille.

Pourquoi les instances frappent maintenant

Pourquoi les instances frappent maintenant

Le timing n’est pas anodin. Mediapro s’est effondré, beIN Sports et Amazon réclament 800 M€ de manque à gagner cumulé sur la période 2020-2024. Les clubs de Ligue 1, qui dépendent à 60 % des droits TV, ont vu leur revenu moyen chuter de 35 % en trois ans. Le call center de la LFP reçoit encore 1 200 courriels par jour de supporters furieux quand un match disparaît des écrans, mais le piraté, lui, reste disponible en HD.

Le signal envoyé est donc économique avant d’être répressif. « On ne parle pas d’un gars qui streame un film à 2 h du matin, corrige un conseiller de la Hadopi, on vise ceux qui achètent délibérément un bouquet illégal pour le foot. » Les FAI ont jusqu’à juillet pour intégrer un filtre « blacklist » mis à jour chaque minute ; après quoi, chaque nouvel abonné pirate coûtera 5 € de pénalité à l’opérateur. Le coût sera… repris sur la facture du client.

L’espagne, suivante sur la liste ?

L’espagne, suivante sur la liste ?

À Madrid, Javier Tebas, président de LaLiga, observe la scène avec un sourire entendu. Il a déjà demandé aux opérateurs espagnols de bannir 183 noms de domaine chaque week-end. Son service de détection repère 220 000 accès pirates en moyenne par journée de championnat. Si la France prouve que verbaliser fait chuter la demande — la Hadopi table sur – 18 % de consultations pirates en six mois —, Tebas pourrait pousser le gouvernement Sanchez à adopter le même schéma. Les cercles de peur se déplacent.

Retour au salon de François. Il a payé, juré qu’« une fois, c’était la dernière ». Il ignore que son fournisseur préféré, un certain « KodiKing75 », vient de changer de nom de chaîne Telegram. Ce soir, c’est la finale de la Coupe de France. Les 80 000 places de vendeurs sont déjà prises. Et la Hadopi prépare une seconde salve : 350 dossiers supplémentaires, amendes jaugées à 500 € cette fois. Le match commence dans une heure ; l’addition, elle, viendra plus tard.