Washington veut des mini-drones suicides made in usa pour ses forces spéciales

L'U.S. Air Force refuse de laisser ses opérateurs risquer leur peau. Sa solution : un insecte volant de 4,5 kg, bourré d'explosifs, lancé en moins d'une minute depuis un sac à dos. Date limite pour les constructeurs : 17 avril. Bienvenue dans la guerre low-cost.

L'appel d'offres qui glace le pentagone

La section AFSOC (Air Force Special Operations Command) a publié une demande d'information que les industriels déchiffrent comme un roman noir : un drone kamikaze, portée minimum 10 km, charge de guerre de 1,5 à 3 kg, temps de vol 15-30 min, poids total d'un seul soldat. Deux machines plus la station au sol ne doivent pas dépasser 13,6 kg. Objectif : entrer dans le sac d'un commando, sortir en trois minutes, tuer, revenir.

Le cahier des charges exige des composants commercials, pas chinois, réparables sur théâtre avec un tournevis. Motif : éviter la dépendance à Shenzhen et réduire le coût unitaire au niveau d'une grenade high-tech. Le tout doit sauter en haute fréquence, sauter de fréquence, se piloter via 4G/5G et GPS, mais aussi fonctionner si le réseau tombe. Une boîte noire de la guerre moderne.

Ukraine, laboratoire ouvert

Ukraine, laboratoire ouvert

Kiev a écrit le mode d'emploi. Depuis deux ans, les plastrons russes portent les traces de Mavic transformés en bombes, de Phantom chargés de RDX, de tout ce qui vole et frappe à 200 € la pièce. Washington a regardé, compté, copié. Le résultat : une commande furtive de micromunitions aériennes capables d'effacer un bunker ou un pick-up sans mettre en danger un pilote de F-35.

Le Pentagone craint surtout l'asymétrie : un drone chinois DJI vaut 500 dollars, un missile Hellfire 115 000. Multipliez par cent sorties par nuit, la facture devient un gouffre. Le nouvel engin doit coûter moins qu'un obus de 155 mm, soit autour de 3 000 dollars, pour être lancé sans états d'âme.

Course à l

Course à l'autonomie

L'US Army, la Navy, la Marine Corps ont déjà leurs programmes. La 101ᵉ Division aéroportée vient de tester un Gray Eagle, un C100 et un attritable Battlefield Enabler 1.01 lors d'un exercice de tir réel en Kentucky. Les gradés parlent de « créer les conditions de déploiement sécurisé » ; les soldats traduisent : repérer avant de se faire repérer.

Le prochain saut technologique se joue dans les cartes mères : des processeurs conçus à Tucson, des batteries assemblées à Nashville, des logiciels signés Palo Alto. Objectif industriel : sortir 10 000 micro-drones par mois d'ici 2026. Chaque composant civil détourné est un doigt d'honneur aux chaînes d'approvisionnement chinoises.

Derrière le jargon, une évidence : la guerre se joue désormais à quelques kilomètres d'autonomie et à quelques millisecondes de latence. Le soldat du futur n'aura plus besoin de viser ; il lancera son oiseau-torpille, refermera la mousse de son sac, et passera à la cible suivante. Le prix d'une vie humaine vient de chuter sous la barre des 3 000 dollars. Le marché s'ouvre; le compte à rebours aussi.