Un bot fout la honte à spotify : 8 millions de dollars d’écoutes fantômes avant l’arrestation
Michael Smith n’a jamais composé un tube. Pourtant, entre 2018 et 2023, il a gagné plus qu’un artiste platinum en distillant 661 400 morceaux par jour sur ses propres titres générés par IA. Résultat : 8 millions de dollars détournés aux dépens d’Apple Music, Amazon, YouTube Music et Spotify. Le 29 juillet, il connaîtra sa peine : cinq ans maximum derrière les barreaux.
La machine à cash : 10 000 chansons auto-produites et un réseau de bots avides
Smith a commencé modestement : quelques noms de faux groupes, des pochettes génériques, des morceaux de trois minutes cousus en un week-end sur un modèle d’IA musicale. Il a ensuite acheté des milliers d’adresses e-mail, créé des comptes premium à bas prix et les a confiés à un script de streaming qui tournait 24 h/24 sur des serveurs de Virginie. Chaque écoute rapportait entre 0,003 et 0,005 dollar ; multiplié par 661 440 écoutes quotidiennes, le compte devient vite rond.
Les enquêteurs racontent qu’il a diversifié ses catalogues pour éviter les détections : folk lo-fi, ambient « pluie sur le toit », jazz étudiant, heavy instrumental. Tout y passe. Les algorithmes des plateformes, affamés de contenu longue traîne, ont propulsé ces sons dans les playlists automatiques « détente profonde » ou « concentration intense ». Là, personne ne remarque que la même chanson est jouée 12 000 fois de suite.
L’alerte est venue des sociétés de gestion collective elles-mêmes. Ses royalties mensuelles dépassaient celles de certains labels indépendants alors qu’aucune donnée sociale – pas de TikTok, pas de concert, zéro merch – ne corroborait un tel succès. Un examen croisé des adresses IP a révélé un lac artificiel : 98 % des auditeurs identifiés partageaient les mêmes plages d’adresses, toutes hébergées chez le même fournisseur VPN low-cost.

Des poursuites réduites grâce à un deal mais le précédent inquiète l’industrie
Le procureur fédéral requérait 60 ans de prison : trois chefs à 20 ans chacun pour fraude électronique, conspiration et blanchiment. Smith a négocié. Il plaidera coupable de conspiration à la fraude électronique, écopera d’une peine maximale de cinq ans, devra rembourser 8 millions et fournir le code source de ses bots. Le juge n’a pas encore tranché le montant de l’amende civile, mais l’affaire fait trembler les majors : elles viennent d’annoncer un audit interne sur les 3 % de titres les plus streamés de leur catalogue.
Le précédent danois de 2024 avait déjà montré la faille : deux hommes, 700 000 dollars d’écoutes truquées, peine symbolique. Smith les a dépassés d’un facteur 11. Les prochains ? Ils testent déjà des IA capables de varier tempo, tonalité et timbre pour que chaque écoute semble humaine. La guerre des bots ne fait que commencer, et les plateformes n’ont pas fini de payer l’écoute de leurs propres silences.
