Un apple i vaut plus qu’un ferrari : la planche à 666 $ qui dépasse 800 000 €
En 1976, 666,66 $ achetait une planche nue, 30 puces et l’obligation de bricoler son propre écran. Aujourd’hui, ce même morceau de silicium vaut plus qu’un Ferrari SF90 Stradale. Dernière enchère record : 815 000 €. La raison ? Il n’en reste plus que soixante sur la planète, et dix seulement allument encore.
La cote qui défie la logique
Sur le papier, l’Apple I est une antiquité : 1 MHz de cadence, 4 Ko de RAM, pas de boîtier, pas de clavier. Pourtant, chez Christie’s ou Sotheby’s, c’est la star. Un modèle « Celebration » – PCB vert non commercialisé – a frappé le prix d’une villa méditerranéenne. Pourquoi ? Parce que Steve Jobs et Steve Wozniak n’en ont produit que 200, et que chaque exemplaire fonctionnel est une fréquence directe vers le big-bang de l’informatique personnelle.
Les collectionneurs ne paient pas la performance, ils paient le mythe. Un Apple I qui tourne encore double presque automatiquement sa cote. Ajoutez une facture d’époque ou une lettre manuscrite de Daniel Kottke, et le prix explose. Le marché a son propre algorithme : rareté × provenance × état de marche = valeur folle.

Sous le capot, rien qu’un 6502
Ouvrez la planche : un MOS 6502 au centre, huit puces de RAM 2104, un ROM 256 octets qui ne sait même afficher « Hello ». C’est tout. Le génie tient dans l’adaptation d’un bus vidéo qui envoie du ASCII à n’importe quel téléviseur. A l’époque, c’était une révolution ; aujourd’hui, c’est une relique que l’on expose comme une œuvre d’art conceptuelle.
Et pourtant, brancher l’alimentation fait toujours le même effet : le voyant s’allume, la membrane entre passé et présent se déchire. C’est ça qu’on achète : un bout de 1976 qui respire encore.

Silicon valley en kit
L’Apple I n’a pas rapporté un centime à Apple – la vraie manne fut l’Apple II. Mais il a créé le marché. En montrant qu’un amateur pouvait acheter une machine clé en main, Jobs et Woz ont ouvert la brèche. Sans cette planche nue, pas de Macintosh, pas d’iPhone, pas de trois billions de capitalisation boursière.
Les 200 premières unités ont été assemblées dans le garage de la famille Jobs. Certaines ont fini dans des greniers, d’autres ont été démantelées pour récupérer les puces. Résultat : chaque survivant est une pièce d’anthropologie technologique. Le prix ? Il ne fait que monter depuis vingt ans, indifférent aux krachs boursiers ou aux pandémies.
Alors oui, aujourd’hui, décrocher un Apple I revient à payer plus cher qu’un bolide italien. Demain, ce sera peut-tre le tour du premier iPhone. La leçon : quand la Technologie devient mythe, le kilo de silicium vaut plus que l’or.
