Stroustrup assume la complexité : « il n’y a que deux langages, ceux qu’on honnit et ceux qu’on ignore »
« La perfection est l’ennemie de l’utilité. » Bjarne Stroustrup vient de planter le décor : le créateur du C++ assume la complexité de son bébé et tacle au passage la mode des langages « faciles ». L’homme qui a codé la base de la bourse de Shanghai, de Google et de Spotify ne lâche rien. Sa conviction : si l’IA et les bibliothèques modernes accélèrent le développement, elles ne remplaceront jamais le besoin de contrôle absolu sur la machine.
Sur son blog, il publie une FAQ limpide : non, le C++ n’est pas « trop gros » ; oui, il reste le choix par défaut pour les moteurs de jeux, les systèmes embarqués et les plates-formes de trading où une micro-seconde vaut des millions. L’argument massue ? Les langages dits « simples » compensent leur apparente clarté par des empilements de frameworks qui finissent par peser plus lourd qu’un compilateur C++ optimisé.
Deux familles, zéro troisième voie
Stroustrup tranche : le monde se divise entre les langages que l’on utilise à grande échelle – et dont on se plaint – et ceux que personne n’emploie. Python ? Victime de son succès, il traîne sur les clusters HPC et force les équipes à réécrire les parties critiques en C++. Rust ? Prometteur, mais quand Boeing validera-t-il un logiciel de vol en Rust ? La réponse est dans le calendrier : pas avant 2035, au mieux.
Le danois va plus loin : l’« éradication » du code, promise par les copilotes IA, relève de la fable. « Copier-coller un générateur automatique, c’est inacceptable et honteux », lance-t-il, visant les startups qui vendent des prototypes bardés de stack overflow automatique. Résultat : des failles logiques, des fuites mémoire et des factures AWS qui explosent sitôt le scale-up lancé.

Le mensuel de la honte : 3 % de parts de marché valent 90 % des critiques
Le C++ représente à peine 3 % des dépôts GitHub, mais alimente 90 % des critiques sur Reddit et Hacker News. Stroustrup impute ce malaise à une mauvaise pédagogie : « On n’apprend pas la programmation sur YouTube, on l’apprend en debuggant un crash à 3 heures du matin. » Il enjoint les universités à revenir aux TDs de mémoire managée plutôt qu’aux tutos « Hello World » en JavaScript.
Et l’IA dans tout ça ? Elle génère du code C++ plus vite, pas mieux. L’outil génère des classes à la pelle, oublie la Rule of Five et produit des fuites de ressources dès qu’un thread entre en scène. Bref, l’assistant copilote accélère la production de dette technique.
Alors que les écosystèmes « simples » s’enfoncent dans la dépendance à des bibliothèques externes – regardez npm et ses 2 millions de paquets – le C++ continue de compiler sans Internet. Stroustrup conclut : « Un langage qui ne génère pas de plaintes est un langage qui n’a pas encore servi. » La sentence vaut pour les 13 000 ingénieurs de Tesla qui maintiennent 30 millions de lignes de C++ dans l’autopilot. Elle vaut aussi pour le développeur solo qui compile son moteur 3D sur un laptop. Le message est clair : si vous voulez la simplicité, achetez une calculette. Si vous voulez la puissance, assumez la complexité.
