Samsung scelle 20 ans de domination sur le marché des téléviseurs

Alors que la plupart des géants tech peinent à conserver leur couronne plus de deux ou trois cycles, Samsung vient de poser un fait d’armes quasi inédit : vingt années consécutives en tête des ventes mondiales de téléviseurs. La barre des 29,1 % de parts de marché atteinte en 2025, selon Omdia, scelle un règne commencé en 2006, lorsque la gamme Bordeaux TV a propulsé le coréen devant Sony, Panasonic et les autres pionniers du cathodique.

L’annonce tombe à un moment où la branche « Visual Display » du conglomérat traverse la crise des dalles LCD, la guerre des prix et l’arrivée de nouveaux venus chinois. Comment expliquer cette longévité ? SW Yong, président de la division, résume la recette : « Quand on achète un téléviseur, on achète surtout la promesse qu’il tiendra dix ans. Notre leadership reflète la confiance gagnée décennie après décennie. »

Des tubes cathodiques au micro rgb : la course aux pixels ne s’arrête jamais

Le parcours de Samsung tient d’abord d’un art de la transition. Le fabricant a su quitter le CRT avant tout le monde, inaugurer les dalles LED dès 2009, standardiser les Smart TV en 2011, imposer le QLED en 2017, puis lancer le 8K en 2018. Chaque étape fut l’occasion de verrouiller des chaînes d’approvisionnement et des brevets clés, laissant les concurrents jouer les apprenants.

Le coup suivant s’appelle micro RGB. Dévoilé à l’été 2025, le prototype affiche une matrice de micropuces auto-émissives de 3 µm, sans rétro-éclairage ni filtre couleur. Résultat : un pic de luminance de 4000 nits et un contraste théoriquement infini. Madrid a vu la première démonstration européenne cette semaine : 115 pouces, 8K, et un noir si dense qu’il semble faire un trou dans l’image. Le prix ? On parle de 25 000 € pour le modèle 76 pouces, mais Samsung joue déjà la carte du volume : chaîne de production en Chuncheon, économie d’échelle prévue dès 2026.

La guerre des écosystèmes derrière l’écran

La guerre des écosystèmes derrière l’écran

Car la bataille ne se limite plus à la dalle. Le Tizen OS de Samsung, intégré à 180 millions de sets actifs, devient une plate-forme publicitaire où Netflix, Disney+ et les chaînes locales se disputent la première rangée. Chaque mise à jour push des spots ciblés, des partenariats sonores Dolby Atmos, des hubs SmartThings qui transforment le téléviseur en centre domotique. Le hardware n’est plus qu’un prétexte pour vendre du software et des données.

Et l’adversaire chinois ? TCL et Hisense grignotent des points en Europe, mais se heurtent à un mur de brevets déposés par Samsung sur le micro LED et le QD-OLED. Le coréen a déposé plus de 3 200 familles de brevets liés à l’affichage en 2024, deux fois plus que LG. Une forteresse juridique qui complète l’arsenal industriel.

Reste la question qui brûle : jusqu’où peut durer un leadership aussi ancien ? L’histoire tech regorge d’empires bâtis sur une seule génération de silicium. Mais voir Samsung repousser encore une fois l’échéance donne une leçon de gestion : innovation continue, verrouillage des chaînes logistiques, et narration marketing sans faille. Vingt ans, ce n’est pas qu’un record : c’est un mode opératoire. La barre des 30 % de parts de marché est déjà dans le viseur pour 2026. Et personne, à ce jour, ne semble capable de l’en empêcher.