Pourquoi windows s'accroche à ce « c: » qui date des disquettes

Chaque jour, des centaines de millions d’écrans s’allument sur une mystérieuse partition baptisée « C: ». Personne ne l’a jamais choisie, personne ne la renomme. Pourtant, depuis quarante-trois ans, cette lettre d’alphabet colle au disque principal comme un tatou génétique. Pourquoi C et pas A ? La réponse se niche dans un tiroir poussiéreux de 1983, entre deux disquettes de 5,25 pouces.

Cp/m, ibm et le pacte des lettres sacrées

L’histoire commence avant MS-DOS, au temps où CP/M régnait sur les micro-ordinateurs. Le système réservait A et B pour les lecteurs de disquettes, seuls moyens alors de démarrer une machine. Quand IBM prépare son PC 5150, il reprend la convention : A est la première disquette, B la seconde. Le disque dur interne, apparu deux ans plus tard avec le PC XT, hérite logiquement du C. Microsoft, qui fournit l’OS, copie-colle la règle. Le mal est fait.

Le drame ? Des décennies plus tard, cette séquence A-B-C est devenue une ossature. Des milliers de scripts d’installation, de chemins d’accès, de pilotes attendent C:WindowsSystem32 comme on attend le lever du soleil. Déplacer la lettre, c’est tirer sur la première brique d’un château de cartes. Résultat : même Windows 11, en 2024, conserve ce reliquat de l’ère pré-Internet.

La stratégie du moindre risque

La stratégie du moindre risque

Microsoft aurait pu renuméroter. Elle a préféré ne pas toucher au fil d’Ariane que tissent les logiciels tiers. Chaque fois qu’un programme appelle C:Program Files, il suppose que la partition existe. Changer la lettre reviendrait à casser la compatibilité avec des millions d’applications, dont certaines oubliées dans les sous-sols d’hôpitaux ou d’usines. Le coût : des plantages en cascade, des mises à jour ratées, des lignes de production à l’arrêt.

Alors la firme de Redmond cristallise l’héritage. Elle verrouille la lettre C dans le firmware, dans le registre, dans l’esprit des administrateurs. A et B restent théoriquement disponibles, mais personne n’ose les attribuer : trop de vieux serveurs, trop de scripts batch, trop de souvenirs.

Curieusement, cette résistance technique cache une forme de poésie industrielle. Le C: est devenu le sésame universel, le graffiti d’un monde où la plupart des utilisateurs ignorent même l’existence d’un A: ou B:. Une madeleine numérique qui, chaque matin, ramène les informaticiens à leur première disquette.

Et tant que les lignes de code héritées continueront de vivre dans des data centers oubliés, la lettre C restera gravée au front du système, indélébile, comme un testament silencieux adressé aux ingénieurs d’hier.