Pokémon go alimente les robots-livreurs de coco dans les rues de paris

Des dizaines de milliers de dresseurs virtuels ont traîné leur smartphone devant les gyms de Pokémon Go sans se douter qu’ils dressaient, en réalité, une armée de coursiers mécaniques. Depuis lundi, les robots de Coco Robotics zigzaguent dans le XIIIᵉ arrondissement en se servant des mêmes clichés que Pikachu pour ne pas se perdre. La start-up californienne Niantic Spatial leur ouvre sa banque de 30 milliards d’images, captées entre 2016 et 2025, pour remplacer le GPS dans les canyons urbains.

Quand la bulle dorée du gym devient balise de livraison

Le procédé est déconcertant : au lieu d’épingler un colis à une coordonnée GPS brouillée par une tour de bureaux, le robot compare ce qu’il voit à la mosaïque de photos stockée chez Niantic. Un lampadaire, une enseigne de kebab, la graffe du 24ᵉ étage : chaque détail fait office de repère. L’algorithme, entraîné par les joueurs d’Ingress puis de Pokémon Go, calcule la position à moins de dix centimètres près. Résultat : le module VPS (Visual Positioning System) remplace les satellites quand ceux-ci se réfugient derrière du béton.

John Hanke, patron de Niantic, résume la philosophie : « Faire courir Pikachu sur un trottoir, c’est exactement le même casse-tête qu’empêcher un robot de percuter une poussette. » Une phrase qui fait froid dans le dos aux conducteurs de livraison, déjà menacés par la flotte de 800 engins de Coco déployés à Los Angeles, Austin et désormais Paris.

Le plan secret : un google street view en 3d… et en mouvement

Le plan secret : un google street view en 3d… et en mouvement

Chaque trajet enrichit la carte. Les capteurs des robots renvoient à Niantic des clichés inédits : une vitrine fermée, un chantier improvisé, un arbre abattu. La base se rafraîchit en temps réel, créant ce qu’Hanke appelle un « monde vivant ». Le pari : vendre ce flux à d’autres industries — véhicules autonomes, sécurité, tourisme immersif — avant qu’Apple ou Google ne rattrape le retard.

Scopely, propriétaire de Pokémon Go depuis mars 2025, frotte ses mains : la data collectée gratuitement par les fans devient une denrée plus prisée que les gemmes du jeu. Les 8,2 millions de photos prises place d’Italie durant l’événement « Community Day » valent aujourd’hui 0,12 $ l’unité sur le marché des données d’entraînement. Un business model qui se paie en miettes de pixels et se transforme en lingot.

Reste la question de la privacy. Aucun cadre légal ne régule ces images qui capturent visages et plaques minéralogiques. La CNIL s’est penchée sur le dossier mi-avril, mais Coco et Niantic invoquent le flou automatique intégré. Un argument qui tient tant que la rue ne change pas de trottoir.

Prochaine étape : Lyon et Barcelone avant l’été. Objectif : 25 000 livraisons par jour sans GPS, sans chauffeur, sans regret. Le joueur qui arpente le boulevard de l’Hôpital pour attraper un Rattata ignore qu’il façonne la ville de demain. La prochaine fois que votre colis arrivera à l’heure, remerciez Pikachu : il aura tenu le bon bout du scan.