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Ormuz se rouvre, le pétrole s'effondre : la bourse fait la fête

95 $ le baril. Ce chiffre, improbable il y a dix jours, vient d’envoyer le Dow Jones en l’air : +400 points à l’ouverture. Pourquoi ? Quelques tankers iraniens, indiens et chinois ont réussi à filer dans le détroit d’Ormuz. Rien qu’une fente, mais assez pour que Wall Street parie sur une fin rapide du blocus.

La promesse de 80 $ malmenée par la réalité des chiffres

Pete Hegseth, le patron du Pentagone, a lâché le mot en direct sur CNBC : « Dans quelques mois, le baril sera bien sous les 80 $. » Le même jour, Donald Trump menaçait Xi Jinping de reporter leur tête-à-tête prévu début avril si Pékin ne « protège pas » la voie maritime. Le marché n’a retenu que la première déclaration. Résultat : futures sur le WTI en chute libre, dollar qui glisse de 0,6 %, son plus gros plongeon depuis le 9 février.

Pourtant, personne dans les salle des marchés ne croit vraiment au scénario rose. Paul Diggle, économiste en chef chez Aberdeen Investments, sort la calculette : si Ormuz reste entravé « plusieurs mois plutôt que plusieurs semaines », le Brent va se négocier en moyenne à 120 $ en mars, restera au-dessus de 100 $ pendant six mois et ne redescendra pas sous les 80 $ avant fin d’année. Le déficit actuel, 10 à 14 millions de barils par jour, ne peut pas être bouché par trois tankers qui passent en criant « ouvert ».

Derrière le rally, nvidia détourne l’attention

Derrière le rally, nvidia détourne l’attention

Alors que les énergétiques saignent, le Nasdaq 100 prend 1,30 %, porté par le GPU de Nvidia et sa conférence annuelle sur l’IA qui débute ce lundi. Les algo-traders ont vendu Exxon pour acheter des puces : un changement de paradigme en 24 heures. Le S&P 500 engrange 1,15 %, mais l’écart sectoriel est abyssal : +4 % pour la tech, –5 % pour l’oil & gas.

Le billet vert, privé de prime de risque pétrolier, s’effondre contre l’euro et le yen. Les cambistes parlent déjà de « carry trade inversé » : exit les paris sur un dollar roi, place aux devises des pays importateurs d’hydrocarbures. La Banque du Japon, qui dort depuis des décennies sur un yen faible, a soudain la boîte aux lettres pleine de demandes de rachat de devises locales.

À l’heure où ces lignes sont écrites, dix-huit tankers sont encore en attente au sud du détroit, leurs capitaines scrutant les radars pour un signe des IRGC. Le prix du fret brut a bondi de 300 % en deux semaines. Le jeu est simple : chaque navire qui passe rabaisse le baril de 2 $, chaque missile qui vole l’ajoute 5 $. Les hedge funds viennent de couper à moitié leurs positions longues ; ils attendent la visite de Trump à Pékin comme le messie. Si la rencontre capote, le 80 $ promis par Hegseth deviendra un souvenir aussi lointain que les 30 $ de la pandémie. D’ici là, les carnets de commandes des compagnies pétrolières racontent une autre histoire : arrêt des forages en mer du Nord, report des projits offshore au Brésil, gel des investissements dans les sables bitumineux canadiens. La bourse festoie ; l’industrie, elle, prépare la disette.