Orange se fait doubler dans la course à la fibre 10 gbit/s et riposte avec un plan premium
En septembre 2021, Orange fut le premier FAI français à basculer sur l’XGS-PON. Trois ans plus tard, la filiale de l’ancien monopole se retrouve troisième dans la bataille des vitesses. Le coup de grâce : Movistar vient d’annoncer 31 millions de foyers éligibles à la fibre 10 Gbit/s avant la fin de l’année. Réponse d’Orange : une offre intermédiaire à 5 Gbit/s, tarifée 5 € de plus que le 1 Gbit/s, et un bouquet ultra-premium à 10 Gbit/s réservé à dix villes et à ses clients quadruple-play équipés de la Livebox Infinity Wi-Fi 6.
Le chiffre qui fait mal : 8 gbit/s effectifs sur 10 promis
DIGI, opérateur roumain arrivé en Espagne en 2020, clame partout « 10 Gbit/s pour 30 € ». Mesures terrain : 7,8 Gbit/s en moyenne, avec des pics à 8,2 Gbit/s. La cause ? La correction d’erreurs FEC, obligatoire sur l’XGS-PON, rogne 15 à 20 % du débit brut. Orange le sait. D’où sa stratégie inverse : vendre 5 Gbits/s réels plutôt que 10 Gbit/s théoriques. « On livre la valeur exacte, sans astérisque », résume un ingénieur réseau à Lannion.
Mais le marketing ne pardonne pas. Sur les réseaux sociaux, les speed-tests de DIGI tournent en boucle, accompagnés du hashtag #10Greal. Résultat : DIGI gagne 300 000 lignes haut débit en un trimestre, quand Orange stagne. Le pari de la vérité technique contre la surenchère publicitaire ressemble à un combat de boxe avec des gants en plomb.

Movistar joue le tout-gratuit pendant qu’orange facture 15 € le saut de 600 mbit/s à 5 gbit/s
Coup d’éclat de Movistar Plus+ : accès libre à la Champions, aux séries HBO et au catalogue Netflix-like sans être client fibre. Objectif : créer l’habitude, ensuite migrer les spectateurs vers les forfaits 10 Gbit/s. Traduction : la guerre des débits devient une guerre de contenus. Orange, qui n’a pas de plateforme vidéo gratuite, réplique par le « Pass 5G Pro » : 5 € pour passer de 1 à 5 Gbit/s, 15 € depuis 600 Mbit/s, et un abonnement OCS offert six mois pour les 10 Gbit/s. Le message : « Payez plus, mais recevez plus. »
Reste la question géographique. DIGI a fibré 85 % de ses zones rurales en XGS-PON ; Orange se concentre sur Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Nice, Montpellier, Bordeaux, Lille, Nantes et Rennes. Dix villes, soit 12 % du territoire. Le reste devra attendre 2026. En coulisses, les équipes techniques préparent la migration vers la 50G-PON, déjà testée à Châtillon. L’arme suivante se cache dans les cartons.
Fin de partie : DIGI peut clamer la fibre la plus rapide, Movistar la plus diffuse, Orange la plus fiable. Le gagnant ? Le client urbain prêt à payer 15 € pour dormir tranquille. Les perdants ? Ceux qui habitent hors des dix villes premium. La fracture numérique n’a jamais été aussi rapide.
