Oracle tranche dans le vif : des milliers d'emplois sacrifiés sur l’autel de l’ia
Oracle a déclenché mardi son propre tsunami social. Le géant californien a commencé à licencier des milliers de salariés, confirmant la fuite de CNBC. Le motif ? Financer une course effrénée à l’infrastructure cloud et à l’intelligence artificielle qui, selon la direction, justifie de « réajuster » la chair humaine.
Le plan secret qui froidement préparait le carnage
Les rumeurs avaient commencé à circuler il y a six semaines dans les open spaces d’Austin, de Redwood Shores et de Bangalore. Des managers parlaient de « rationalisation des compétences ». Les RH préparaient des boîtes de cartons. Le message interne, glaçant, était tombé le 14 mai : « Priorité absolue à OCI, tous les budgets ailleurs sont sous surveillance. » Résultat : post-it rouge sur des dizaines de bureaux, accès révoqués à 9 h 15 ce mardi, ordinateurs verrouillés, badges récupérés. Pas de discours de circonstance, juste un e-mail automatique signé « Executive Leadership ».
La firme comptait 162 000 têtes fin mai. Elle n’a pas donné de chiffre officiel, mais des sources concordantes évoquent 5 000 à 8 000 suppressions d’ici juillet. Les fonctions les plus touchées : support client classique, vente field traditionnelle, ingénieurs système sur hardware on-premise. Bref, tout ce que l’IA promet d’effacer. Une ingénieure cloud, qui a requis l’anonymat, résume : « On nous forme à l’automatisation, puis on nous remplace par l’outil qu’on a créé. »

Des milliards de dollars de dette pour des data centers, payés en sang
Oracle prévoit d’engloutir entre 45 et 50 milliards de dollars en 2026 pour bâtir des centres de calcul dédiés à OCI. Le carnet de commandes est fourni : OpenAI, Nvidia, Meta, TikTok, xAI réclament des clusters GPU à la chaîne. Le cloud segment seul a déjà coûté 4,8 milliards de dollars l’an passé, soit +66 %. Le cash vient donc de l’économie salariale. C’est la vieille équation industrielle appliquée au numérique : moins de chairs, plus de puces.
Et la vague ne s’arrête pas à Oracle. Microsoft a déjà dégagé 15 000 personnes en douze mois. Amazon a effacé 30 000 postes depuis octobre. Meta a décapité 21 % de ses effectifs depuis 2022. Le secteur tech a ainsi perdu plus de 140 000 emplois en 2024, selon Layoffs.fyi. L’IA devient le nouvel employé modèle : il ne prend pas de vacances, ne syndique pas, et travaille 24 heures sur 24.
À Redwood Shores, les survivants parlent déjà de « dead-man zone » : open spaces à moitié vides, badges laissés sur les bureaux, réunions Teams où chaque carré noir rappelle le collègue parti. La direction promet « des opportunités de reskilling ». Dans les faits, les formations durant trois semaines mènent à des certificats en prompt engineering. Un cynique résume : « On nous apprend à poser des questions à la machine qui nous a volé notre place. »
Oracle clôturera son exercice 2025 fin juin. Les analystes s’attendent à un chiffre d’affaires record, dopé par la demande en GPU. Le titre a gagné 34 % sur l’année. Sur le papier, c’est une victoire. Dans les faits, c’est aussi le prix d’une transformation où l’humain devient une variable d’ajustement. Larry Ellison, qui détient encore 42 % du capital, n’a pas prononcé un mot public sur les licenciements. Pourquoi parler quand les chiffres parlent pour lui ?
