Openai échoue à vendre ses actions tandis qu'anthropic affole le marché secondaire

Plus personne ne veut payer le prix fort pour OpenAI. Sur les plateformes de vente secondaire, les titres du pionnier du GPT traînent depuis des semaines, tandis que les gros portefeuilles se ruent sur Anthropic, la start-up fondée par d'anciens d'OpenAI. La cote de popularité s'est inversée en quelques mois.

Le constat est brutal : l'an dernier, les parts d'OpenAI partaient en quelques jours. Aujourd'hui, Ken Smythe, fondateur de Next Round Capital, avoue ne plus trouver preneur. « Sur les 2,5 milliards de dollars de transactions que nous gérons, aucun investisseur institutionnel ne souhaite exposer son capital à ce risque », lâche-t-il. Son interlocuteur préféré ? Anthropic, où 2 milliards de dollars trônent déjà sur le rapport d'appel d'offres d'Augment et de Hiive, deux places de marché spécialisées.

La prime de risque a changé de camp

Le différentiel de valorisation explique la fuite. OpenAI est censé valoir le double d'Anthropic, mais les acheteurs estiment que le scénario s'inversera. « Le rapport rendement/risque est tout simplement meilleur avec Anthropic », tranche Adam Crawley, cofondateur d'Augment. Résultat : les fonds se positionnent avant l'envolée, quitte à payer la commission de 15 à 20 % exigée par Goldman Sachs, contre zéro frais proposé sur les parts d'OpenAI.

L'ironie ? Le même jour où Smyme constate l'impasse secondaire, OpenAI clôturait une ronde de 122 milliards de dollars, la plus grosse de son histoire. Pourquoi cette dissonance ? Les rondes primaires obéissent à la logique de dilution et de relations publiques, pas au sentiment du marché. Les investisseurs y entrent pour sauver la face, puis revendent aussitôt leur sur-exposition sur le secondaire. La manœuvre est devenue classique.

Le modèle économique mis à nu

Le modèle économique mis à nu

Derrière le spectacle des valorisations, la guerre est d'abord celle des marges. OpenAI brûle des montagnes de GPU pour maintenir ChatGPT, tandis que sa pénétration du segment entreprise stagne. Anthropic, avec Claude, engrange des contrats B2B à forte rentabilité. Le Pentagone, qui a classé Anthropic comme « risque chaîne d'approvisionnement », n'a pas freiné l'appétit des financiers ; la société riposte même par un procès contre le Département de la Défense.

Et pourtant, la start-up n'est pas irréprochable. Deux fuites de code interne en une semaine viennent rappeler que la sécurité reste un point faible. Peu importe : les investisseurs parient sur la trajectoire, pas sur l'état présent. Leur horizon, c'est l'IPO annoncée d'Anthropic dès octobre, contre une entrée en Bourse d'OpenAI promise « avant fin 2025 » mais qui, sur le papier, coûtera plus cher pour un gain moins certain.

Sur le marché secondaire, la sentence est sans appel : la cote OpenAI est devenue un actif refusé, tandis qu'Anthropic se paie le luxe de choisir ses actionnaires. L'IA ne se vend plus sur la notoriété, mais sur la rentabilité. Les algorithmes ne mentent pas ; les investisseurs non plus.