Netflix négocie avec trump pour éviter un tarif de 100 % sur ses séries étrangères

Ted Sarandos a fait le pied de grue à la Maison-Blanche. Le co-patron de Netflix a passé l’été à convaincre Donald Trump de renoncer à sa menace : un tarif de 100 % sur les films et séries tournés hors des États-Unis. L’objectif affiché du président ? Rappeler les plateaux à Hollywood. Le résultat : un marché en coulisses où le streamer propose de financer plus de tournages sur le sol américain en échange d’une exemption.

Hollywood pillé par les incentives fiscales de londres et séoul

Los Angeles perd du terrain depuis cinq ans. Les tournages s’exilent vers le Royaume-Uni, la Géorgie ou la Corée du Sud, attirés par des crédits d’impôt alléchants. Trump crie au « désastre national » et brandit l’arme fiscale. Sur Truth Social, il a promis en mai de frapper chaque « film étranger » d’un droit de douane plénier. Le problème : Netflix a bâti son modèle sur Squid Game, Nothing New on the Western Front et autres dramas sud-coréens qu’il transforme en hits planétaires. Un tarif équivalait à une saignée de 20 milliards de dollars sur son budget contenu annuel.

Sarandos a donc ouvert sa valise de lobbyiste. Il a promis à Trump de déplacer une partie de la production vers des studios américains si l’administration garantit des incitations fiscales comparables à celles de Londres, et non des punitions douanières. « Les programmes d’incitation attirent les tournages ; les tarifs les tuent », a-t-il lancé à POLITICO. Le message a trouvé une oreille : la Maison-Blanche n’a toujours pas publié le décret d’application.

Le streaming mis à genoux par une taxe qui n’existe pas encore

Le streaming mis à genoux par une taxe qui n’existe pas encore

La menace suffit à faire trembler les financiers. Netflix, Disney+ et Prime Video stockent leurs serveurs de master-copy à l’étranger ; un film n’est pas une automobile qu’on peut taxer à la frontière. Comment évaluer la valeur d’une série brésilienne visionnée à Minneapolis ? Le flou juridique est total, et les studios ont déjà engagé des avocats spécialisés en commerce international pour modéliser le coût d’un hypothetique “streaming duty”.

Entre-temps, les plateaux californiens continuent de se vider. Le nombre de jours de tournage à Los Angeles a chuté de 24 % depuis 2019, selon FilmLA. Les techniciens licenciés ferment leurs boîtes de lumières et partent installer des LED à Vancouver. Le cauchemar de Trump devient auto-réalisateur : plus il parle de tarifs, plus les producteurs anticipent et filent ailleurs.

Sarandos le sait. D’où son offensive en deux temps : d’abord neutraliser la menace douanière, ensuite négocier un « tax credit » fédéral qui rendrait la Californie aussi sexy que la Géorgie. Le pari est ambitieux ; il dépend d’un Congrès partagé et d’un présateur qui change d’humeur selon ses notifications Truth Social. Mais Netflix a déjà gagné une manche : le tarif n’est pas entré en vigueur. Pour un empire dont 60 % des nouveautés sont tournées à l’extérieur, chaque semaine sans pénalité vaut des centaines de millions.

Fin juillet, le co-CEO a quitté Washington avec une poignée de main photo et aucun texte signé. Il a effleuré l’ironie à ses équipes : « On a évité une taxe sur des biens imaginaires en vendant des promesses tangibles. » Hollywood n’est pas sauvé, mais Netflix vient d’acheter du temps. Le reste du secteur espère que ce répit deviendra une exemption durable, sinon le prochain Stranger Things se tournera à Toronto… avec un budget majoré de 100 %.