Nasdaq veut brûler les étapes pour spacex : un coup de poker à 1,5 milliard de dollars

Michael Burry sonne l’alarme. Le loup solitaire qui avait prédit la crise des subprimes voit dans la nouvelle manœuvre de Nasdaq une trahison pure : le marché s’apprête à couronner SpaceX d’un ticket VIP dans le Nasdaq 100 avant même que l’entreprise n’ait tourné sa première année en bourse. Une réécriture des règles qui, selon lui, transforme l’indice phare de la tech en parcours express pour milliardaires.

Le délai de maturation jeté aux orties

Le délai de maturation jeté aux orties

La règle actuelle est claire : une IPO doit vieillir douze mois avant d’intégrer un grand indice. Ce délai n’est pas un caprice bureaucratique. Il laisse le temps au marché de fixer un prix réel, d’éprouver la liquidité, de filtrer la fraude. Nasdaq propose désormais d’abroger cette garde-fou pour toute entreprise déjà valorisée dans le top 40 mondial. SpaceX, estimée entre 150 et 200 milliards, y entre comme dans un moulin. Résultat : des trackers obligés d’acheter des actions qui n’existent pas encore en volume public. Une pompe à cash déguisée en innovation.

George Noble, vétéran de Wall Street, résume la scène : « C’est la première fois en 45 ans que je vois le jeu truqué aussi ouvertement. » L’homme a géré des fonds depuis 1978 ; il a survécu au krach de 1987, à la bulle dot-com, à 2008. Il pensait avoir tout vu. Il se trompait. La nouvelle ruse consiste à appliquer un poids d’indice « fantôme » sur une free float réduite. Traduction : les ETF vont devoir déverser des milliards sur une cuvette de liquidité à peine plus large qu’un verre d’eau. Le prix va s’envoler, les insiders vont se rincer, les porteurs d’ETF paieront la facture.

Keubiko, l’analyste anonyme qui a popularisé l’expression « hose-to-garden » (« tuyau d’incendie dans un tuyau d’arrosage »), pousse le clou : « On force les investisseurs passifs à acheter une illusion de marché. » Elon Musk n’a pas besoin de lever des fonds ; il a besoin d’une valorisation miroir pour financer xAI, sa nouvelle licorne d’IA. Nasdaq devient le miroir.

Le timing est royal. SpaceX reporte depuis cinq ans son entrée en Bourse, préférant les rounds privés où il contrôle le cap table. Mais 2024 est l’année des échéances : des centaines de millions d’options de salariés arrivent à maturité, des investisseurs seed réclament un exit. Une IPO éclair, un indexage immédiat, et la machine à cash est lancée sans le moindre discount. Le même scénario se profile pour Stripe, pour Discord, pour Epic Games. Si la règle passe, la porte est ouverte.

Nasdaq n’a pas daigné répondre aux questions de Business Insider. Silence assourdissant. Pas de communiqué, pas de consultation publique. Juste une rumeur glissée dans les couloirs de February, devenue projet officiel en mai. Les gestionnaires d’ETF, eux, n’ont pas le choix : leurs mandats les obligent à répliquer l’indice. Ils achèteront, peu importe le prix, peu importe le flottant. L’argent des retraites américaines servira de fonds de roulement à la conquête martienne.

Burry conclut sobre un simple lien vers le thread de Noble : « Lisez ça. » Pas de commentaire supplémentaire. Inutile. Le marché parle déjà : les contrats à terme sur le Nasdaq 100 grimpent chaque fois que le nom de SpaceX circule. Les paris sont ouverts. Les perdants ne savent pas encore qu’ils sont à la table.