Microsoft dans le collimateur de londres : la cma dégaine contre l'empire office + ia
Le 1er mai, la Competition and Markets Authoritybritannique ouvre une enquête sans précédent sur la pile Office, Excel, Word et Copilot. Objectif : vérifier si le géant de Redmond verrouille déjà le marché des logiciels d'entreprise avant que l'IA générative ne scelle son hégémonie.
Statut de « marché stratégique » : la bombe juridique qui menace microsoft
Concrètement, si la CMA accole cette étiquette à la suite de l'enquête, elle pourra infliger des amendes, imposer des licences « open» ou même forcer une scission de certaines activités. Le régulateur s'appuie sur deux leviers : la domination de Windows + Office (jusqu'à 85 % des PC professionnels au Royaume-Uni) et l'intégration de modèles d'IA qui, selon lui, « rendent la dépendance irréversible ». Un document interne cité par la CMA évoque « une boucle vertueuse » : plus les clients utilisent Copilot, plus ils alimentent le cloud Azure, plus ils sont captifs.
Le timing est chirurgical. Londres vient de boucler une première phase sur le duopole AWS-Microsoft dans le cloud public britannique, où les deux rivales contrôlent 80 % des 10,5 milliards de livres dépensés en 2024. Désormais, la CMA élargit le tir aux couches supérieures : bases de données SQL Server, systèmes d'identité Azure AD et, surtout, l'assistant Copilot qui se glisse dans chaque clic des 3 millions de PME du pays.

Claude d'anthropic comme fusible face à la défiance
Microsoft a annoncé la veille de l'ouverture de l'enquête qu'il injecterait le modèle Claude d'Anthropic dans sa suite bureautique. Une manœuvre tactique : offrir une alternative crédible à OpenAI pour paraître « ouvert ». Sauf que la CMA n'est pas dupe ; elle rappelle que Microsoft est le principal investisseur d'Anthropic et que le code reste hébergé sur… Azure. Le fusible risque donc de sauter côté régulateur.
Les éditeurs concurrents respirent. Google Workspace affiche une croissance de 40 % en Europe mais crie au scandale : « Nous payons 30 % de commission à Apple sur iOS alors que Microsoft pré-installe Teams et OneDrive sur Windows sans contrepartie. » Salesforce, de son côté, a transmis à la CMA un rapport montrant que 68 % de ses clients britanniques se plaignent d'un « changement de licence forcé » vers les offres groupées Microsoft 365 + Copilot.
Du côté des clients, la facture explose. Le National Health Service a vu son contrat Office doubler en trois ans pour intégrer l'IA. « On nous a présenté Copilot comme une option, et six mois plus tard c'était la version standard, raconte un directeur IT hospitalier sous couvert d'anonymat. Migrer vers Google Docs? Impossible : toutes nos macros historiques tournent sur Excel. »

Londres prépare le premier cas d'école mondial sur l'ia et l'antitrust
La décision finale est attendue pour mars 2025. Si la CMA frappe, Bruxelles et la FTC américaine emboîteront le pas, anticipent les cabinets d'avocats. D'ici là, Microsoft peut proposer des engagements : séparer la facturation d'Azure, ouvrir ses API Copilot, proposer des licences « cloud seulement ». Mais la marge est étroite : trop de concessions tuerait le modèle économique qui a fait bondir le chiffre d'affaires cloud du groupe de 38 % en un an.
Jeffrey Jacobson, ancien économiste en chef de la CMA, résume la tension : « On a attendu vingt ans pour dire qu'Internet Explorer était un monopole. Pour l'IA, vingt mois seront déjà trop tard. » Le verdict tombera avant que Copilot ne devienne aussi indispensable que l'électricité. Microsoft le sait : l'enjeu, ce n'est pas une amende, c'est de rester le système nerveux de chaque bureau, chaque hôpital, chaque État. Londres tient peut-être la clé de la première fracture.
