Madrid débloque 33,5 milliards d'euros pour la défense, mais trump réclame déjà le double
L'Espagne a ouvert les vannes. En 2025, elle a fait exploser son budget militaire de 44,5 % en un an, atteignant pour la première fois le seuil symbolique de 2 % du PIB. Trente-trois milliards et demi d'euros. Une escalade vertigineuse, certes, mais qui reste anecdotique aux yeux de l'OTAN et de Donald Trump. Le président élu exige 3,5 % du PIB. L'alliance atlantique vise 5 % d'ici 2035. Bref, Madrid vient de passer la vitesse de croisière alors que la course déjà engage ses partenaires au turbo.
La facture s'envole, le classement plafonne
Sur le papier, la progression est saisissante : 10 milliards en 2015, 33,5 en 2025. Soit un triplement en dix ans, ajusté à la flambée des prix, 170 % de hausse réelle. Pourtant, l'Espagne reste dans la queue du peloton, épaulée par l'Albanie, le Portugal, le Canada et la Belgique. Autrement dit, elle remplit le strict minimum syndical tout en déroulant le tapis rouge aux critiques de Washington.
Le rapport annuel de l'OTAN, publié jeudi, ne mâche pas ses mots : « Tous les alliés ont atteint ou dépassé les 2 % », mais seuls trois pays – Pologne, Lituanie, Lettonie – franchissent déjà la barre des 3,5 % réclamée par Trump. Ironie suprême, les États-Unis eux-mêmes reculent à 3,1 %, leur niveau le plus faible depuis dix ans. Résultat : personne ne satisfait la nouvelle doctrine trumpiste, et l'Europe entière est sommée de sortir la carte bancaire.

Le spectre russe justifie la dépense
Pourquoi cette ruée vers l'armement ? Le Kremlin pointé du doigt. L'OTAN dénonce des incursions aériennes, des sabotages, des cyberattaques. « La Russie teste la solidarité de l'Alliance chaque jour », clame le texte. Réponse : 574 milliards de dollars déboursés en 2025 par l'Europe et le Canada, soit +20 % en un an. Sur la décennie, l'effort a doublé (+106 %). Une manne qui alimente chars, satellites, drones et, désormais, hélicoptères autonomes. Le premier Black Hawk sans pilote vient d'entrer au service de l'US Army. L'IA prend les commandes, les budgets s'emballent, et le vieux continent se retrouve engagé dans une course dont il ne maîtrise plus le tempo.
Madrid, donc, a franchi la ligne des 2 %, mais le premier tournant est déjà derrière. Le vrai défi commence en 2026 : convaincre les contribuables ibériques de payer encore plus tandis que les exigences de l'Alliance grimpent plus vite que la courbe des dépenses. Le gouvernement espagnol peut fêter l'augmentation record, la prochaine étape coûtera bien plus qu'une poignée de milliards. Elle coûtera des choix de société. Et, pour l'instant, personne ne sait où Madrid trouvera les 1,5 point de PIB manquants pour satisfaire Trump.
