L'europe survit à la tempête pétrolière grâce à ses panneaux solaires

Alors que le baril s’emballe et que Téhéran bombarde des bases israéliennes, les prix de gros de l’électricité à Francfort et à Paris plongent. Pas une blague : ils ont reculé la semaine dernière, au même moment où le Brent grimpait de 8 %. Le vieux continent vient de réussir le test-à-la-souris qu’il redoutait depuis la détonation de Nord Stream en septembre 2022.

La bulle verte qui freine la facture

Quatre ans plus tôt, un choc équivalent aurait déclenché une spirale inflationniste de plusieurs trimestres. Cette fois, 180 GW de solaire et 220 GW d’éolien – soit l’équivalent de 300 réacteurs nucléaires – amortissent la secousse. Résultat : le contrat base-load allemand pour 2025 se négocie autour de 75 €/MWh, contre 450 € au plus fort de la crise gazière. « Le marché électrique est plus diversifié que celui du pétrole, il digère mieux un embargo », résume Morgane Trieu Cuot, directrice commerciale intérimaire d’Alpiq.

Le parc nucléaire français, repassé à 79 % de disponibilité après des années de galère, agit comme un gigantesque stabilisateur. Ajoutez la reprise du vent en mer du Nord – +70 % de production prévue en avril – et la saison solaire qui redémarre, et vous obtenez un coussin carbone inédit.

Des prix négatifs à midi, des pics à minuit

Des prix négatifs à midi, des pics à minuit

L’ennui, c’est que la transition énergétique crée ses propres anomalies. Le 12 mars à 13 h, l’électricité allemande s’est payée -5 €/MWh : producteurs solaires reversaient de l’argent pour écouler leur énergie. Même scène en Espagne et dans l’Hexagone. À contrario, dès que le soleil décline, les centrales à gaz reprennent la main et font flamber les prix nocturnes : 400 €/MWh aux Pays-Bas, 380 € en Allemagne, trois fois la normale.

Ce zigzag incite les gestionnaires de réseau à réfléchir à un outil tabou : un plafond européen sur le gaz naturel, relégué au tiroir depuis 2022. Ursula von der Leyen en discutera jeudi avec les chefs d’État, assorti d’une baisse des taxes sur l’énergie et d’un réajustement des quotas de CO₂.

Le débat qui revient : faut-il encore subventionner les énergies fossiles ?

Le débat qui revient : faut-il encore subventionner les énergies fossiles ?

Markus Krebber, directeur général de RWE, lâche une phrase qui résume le climat : « Les énergies renouvelables ne demandent pas de permis à Poutine. » Traduction : chaque éolien et chaque panneau réduisent la factaire d’importation de 2 milliards de dollars par mois, selon Rabobank. Sans cette manne, le prix moyen de l’électricité serait déjà 30 % plus élevé.

Mais la baisse de la demande de chauffage (-10 % en mars) et la saturation des toits allemands ne suffiront pas si le conflit au Proche-Orient s’éternise. Bruxelles prévoit alors un rebond de l’inflation énergétique au-dessus de 3 % d’ici Noël. Le temps joue pour les panneaux, pas pour les diplomates.

Alors on installe, on branche, on espère. Et l’on mesure chaque soir la production du jour : l’Allemagne a déjà gagné 3 TWh de solaire en mars, l’équivalent d’un réacteur nucléaire de 1 GW fonctionnant à plein régime pendant quatre mois. La machine est lancée, le vieux continent tient debout, mais la marge de manœuvre se réduit à la vitesse où le soleil décline sur la Méditerranée.