Le pétrole flambe à 104 $: trump promet la paix, téhéran crie au bluff
104 dollars. C’est le chiffre qui fait trembler les marchés européopens ce jeudi à l’ouverture : le baril de Brent bondit de 2,5 % en quelques minutes, grimpant de 72 à 104 $ depuis le raid américano-israélien sur l’Iran. De l’autre côté de l’Atlantique, le WTI frôle déjà les 92,4 $, soit sa plus forte poussée depuis octobre 2023. Le détonateur ? Une déclaration de Donald Trump, diffusée à l’aube, assurant que Téhéran « est prêt à signer» un cessez-le-feu, mais « le cache à son peuple».
Le téléphone rouge n’existe pas, assure téhéran
Ironie : quelques heures plus tôt, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, balayait toute idée de négociation. « Aucun contact formel, seulement des messages émis par des intermédiaires», lâche-t-il, avant d’ajouter que les propos de Washington révèlent « une capitule déguisée». Traduction : la Maison-Blanche crie victoire, Téhéran crie au bluff, et les traders, eux, achètent.
La vraie tension se situe au détroit d’Ormuz. Sur la table des opérateurs pétroliers, la menace est rouge sang : 21 % du pétrole mondial transite par ce goulot de 33 km. Trump a brandi la semaine dernière un ultimatum de 48 heures pour rouvrir la voie maritime « intégralement». Lundi, il a repoussé sa décision de cinq jours. Résultat : les assureurs maritime plafonnent la couvrure « risque guerre» à 500 millions de dollars par navire, et les pétroliers détournent leurs énormes coques vers la route du Cap, rallongeant les trajets de dix jours, coût : 700 000 $ de plus par cargaison.

Ormuz : « ouvert aux amis, fermé aux ennemis»
Araqchi le reconnaît : le détroit n’est « pas totalement fermé», simplement « réglementé». Les tankers battant pavillon américain, britannique ou israélien n’y sont plus les bienvenus. Les autres ? Ils hésitent quand même. Sept cargos sur dix ont déjà levé l’ancre vers l’Afrique du Sud, laissant les réserves de brut des raffineries européennes fondre à 54 jours d’import, contre 68 il y a un mois. Le différentiel Brent-Dubai s’envole, les raffineurs asiatiques surenchérissent, et le carburant diesel flirté avec 1,94 € le litre en France, un record depuis la guerre en Ukraine.
Côté américain, la stratégie de « pause» de Trump vise aussi à éviter un choc à 48 jours de l’élection. Le Strategic Petroleum Reserve est déjà descendu à 372 millions de barils, son plus bas niveau depuis 1983. Une nouvelle libération massive affaiblirait son image de « défenseur de l’énergie nationale». Il préfère donc la menace : frapper les centrales électriques iraniennes si Téhéran bloque Ormuz « pour de bon». Bilan : le prix de l’électricité spot en Europe augmente de 6 %, le gaz naturel repasse au-dessus de 40 € le MWh.
Les algorithmes de trading, eux, n’attendent pas la fin du match. Ils ont déjà intégré un scénario « escalade» : 120 $ le baril si un tanker est saisi, 150 $ en cas de fermeture totale du détroit. Les banques d’affaires recommandent à leurs clients « hedge» jusqu’à 130 $ pour l’hiver. Les fonds de pension remettent le pétrole à 8 % dans leurs portefeuilles, après l’avoir banni en 2022. Le cercle est bouclé : la peur alimente la hausse, la hausse nourrit la peur.
Dans les open-space de la City, on résume : « Trump tweete, Araqchi démente, le Brent flambe.» Tant que le téléphone reste coupé, le baril poursuivra sa course. Et les consommateurs paieront la facture dès ce week-end à la pompe.