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L'aluminium flambe après les frappes iraniennes : le risque de 4 000 $ la tonne se rapproche

Les fours de l’Emirates Global Aluminium n’étaient pas froids que le cours à trois mois bondissait déjà de 6 % à la Bourse de Londres. Samedi, à 3 h 17, des drones iraniens ont criblé de projectiles l’usine d’Abou Dabi ; quelques minutes plus tard, celle de Aluminium Bahreïn subissait le même sort. Résultat : 3,2 millions de tonnes de capacité annuelle – l’équivalent de la moitié de la production européenne – menacent de rester à l’arrêt pendant des mois. Le marché, déjà à la limite de la rupture de stock, voit le spectre des 4 000 $ la tonne, un sommet jamais atteint depuis 2022.

L’étau se resserre autour du détroit d’ormuz

Depuis janvier, les stocks visibles à la LME frôlaient leur plus bas niveau depuis vingt ans. Les cargos qui ont réussi à franchir le détroit avant le blocus représentent à peine six semaines de consommation ; après, plus rien. Les raffineries qataries de Qatalum ont déjà limé leur output de 40 %, Alba a fermé 19 % de ses lignes. « Fermer une cellule d’électrolyse, c’est 120 jours et 200 millions de dollars pour la rallumer », glisse un cadre d’Hammerer Aluminium Industries. Autant dire que les 6 Mt du Golfe risquent de rester hors-jeu jusqu’à l’automne.

La prime physique – ce que l’on paie cash pour obtenir un lingot immédiatement – explose : +63 % en Europe depuis février, 61 $ au-dessus du future vendredi dernier. Les traders appellent ça une backwardation sévère, signature d’un marché qui hurle la pénurie.

Guerre et puces : l

Guerre et puces : l'aluminium devient un enjeu militaire

La Garde révolutionnaire iranienne ne cache pas sa cible : ces deux fonderies livrent l’armée américaine. Washington ripostera, mais le Pentagone redoute déjà la pénurie de aluminium 5xxx, alliage haute pureté indispensable aux coques de drones, aux carlingues de F-35 et aux radiateurs de serveurs IA. Rio Tinto vient d’annoncer une prime de 350 $ à ses clients japonais, record depuis 2011. En Europe, les équipementiers automobiles et aéronautiques se battent pour récupérer les dernières tonnes islandaises ou norvégiennes. « On passe nos nuits à recaler des livraisons de Q3, soupire Rob Van Gils. Si le détroit reste fermé plus de trente jours, certaines chaînes vont devoir s’arrêter. »

Goldman Sachs, jusque-là baissier, table désormais sur un déficit de 900 000 t au deuxième trimestre. Traduction : à la fin juin, le monde n’aura plus que 45 jours de couverture. Le seuil critique.

Le prix qui fait mal : 3 401 $ et ce n’est que le début

Le prix qui fait mal : 3 401 $ et ce n’est que le début

Lundi soir, l’aluminium cloturait à 3 401 $ la tonne ; Alcoa grimpait de 13 %, Century Aluminum de 20 %. Les analystes de AZ Global Consulting résument : « On n’est plus dans une simple tension logistique, on entre dans une perte soudaine de production. » Les 4 073 $ de 2022 ? « Une formalité si Ormuz reste fermé plus de six semaines », assure un négociant londonien qui a déjà positionné des calls à 4 200 $.

Et derrière le métal, c’est l’inflation industrielle qui pointe. Une tonne supplémentaire à 4 000 $ augmente le coût d’un Airbus A320 de 1,2 million, celui d’un pack de bière de 3 cents et celui d’un data center GPU de 7 %. « On paiera tous la facture, conclut Li Xuezhi, analyste chez Chaos Ternary. Le seul cadeau : l’éolien et le solaire, où l’aluminium est roi, vont devenir encore plus rentables. »

Il ne reste plus qu’à regarder le détroit. S’il rouvre demain, la crise s’apaisera. S’il reste fermé, 4 000 $ la tonne ne sera qu’un souvenir vite dépassé. L’industrie mondiale tient son souffle – et ses carnets de commandes – entre les mains des marins et des diplomates.