La «radiologie magique» promet par l’ia s’effondre sous les coups de griffe de la docteure malchuk
La docteure Mieses Malchuk vient de dégainer un mot qui fâche : fumisterie. Dans la foulée d’un entretien accordé à ZDNet, elle démolit la propagande des géants du numérique qui vantent leurs algorithmes comme remplaçants de la pensée médicale. Radiographies, diagnostics, conseils en ligne : chaque promesse se fracture sous le poids d’une réalité clinique que les données brutes ne capturent pas.
La machine rêve, le médecin palpe
Microsoft, OpenAI, Google multiplient les démos éclatantes. Leur credo : une IA nourrie à des millions d’images verra ce que le regard humain ignore. Malchuk rétorque que la médecine n’est pas un puzzle de pixels. Elle demande l’odeur d’une chambre, la tension d’un silence, la détresse dans un regard. Réduire l’odyssée d’un corps à une cohorte de variables, c’est trahir la complexité du vivant.
Et le piège se referme. Les patients, séduits par des réponses instantanées, diffèrent leurs visites. Les études affluent : jusqu’à 38 % des utilisateurs de chatbots sanitaires suivent des recommandations erronées. Le terme technique est « hallucination » ; le résultat, c’est une métastase de fausses certitudes.

Cash, priorités et gesticulation des actionnaires
Pourquoi cette frénésie ? Le marché de l’IA diagnostique devrait atteindre 14 milliards de dollars d’ici 2027. Chaque start-up qui clame un « taux de précision de 98 % » décroche un chèque. Personne ne vérifie si l’étude a été menée sur 50 ou 50 000 cas. Pendant ce temps, les services d’oncologie ferment faute de moyens humains. Ironie : on finance la machine censée pallier le manque de médecins plutôt que de former… des médecins.
La docteure ne rejette pas l’outil ; elle réclame un cadre. Algorithme consulté en salle d’auscultation ? Oui, mais comme un stéthoscope 2.0 qui murmure des hypothèses, jamais comme oracle incontestable. L’ordre des médecins de Californie a déjà rédigé un code : l’intelligence artificielle ne doit pas être mentionnée au patient sans l’approbation et l’explication du praticien. Paris, Londres, Berlin réfléchissent à la même ligne rouge.
Le combat est déséquilibré. D’un côté, des puces gravées en 3 nanomètres et des budgets marketing capables de faire pleurer un ministre. De l’autre, une femme en blouse qui rappelle que le pronostic vital se joue souvent dans la nuance d’un geste, la tonalité d’une voix. Pour l’instant, le monde tech crie plus fort. La patients, eux, n’ont qu’un seul cœur. Il ne supporte pas la marge d’erreur.