La nasa lâche un ballon-sonde pour chasser les vents qui tueraient artemis ii
Un ballon-sonde va fendre l’air de Floride trois heures avant le décollage d’Orion, micro-météorologue à 30 km d’altitude, pour dire si Artemis II décollera ou non vers la Lune. Le verdict tombera dans la nuit de mardi à mercredi, 00 h 24 heure espagnole.
Le vent, seul juge du milliard de dollars
Mark Burger, météo-officier du lancement, résume : « Un flux d’est-sud-est effleure la base, un flux de nord-est la recouvre. Entre les deux, la fenêtre passe de 10 % à plus de 50 % de composante de vent prohibitive. » Traduction : une brise mal orientée, et le SLS reste cloué au sol, 4,1 milliards $ sur le tarmac.
Le ballon, gonflé à l’hydrogène, embarque des sondes radiosondes qui crachent des données toutes les secondes : vitesse, direction, rafales, cisaillement vertical. Si le profil ne rentre pas dans le « livre rouge » de la NASA – 48 pages de seuils météo –, on lâche un deuxième ballon, puis un troisième. « On peut en envoyer six, on en a douze en réserve », glisse Burger. Sur le pas de tir, trois radars Doppler et une trentaine de capteurs au sol complètent la chasse.

Les nuages, épaves vagabondes d’avril
Le deuxième ennemi s’appelle Cumulus congestus. Des amas d’eau glacée qui dérivent vers l’ouest, vestiges d’un front froid. Burger : « Ils passent en 20 à 30 min, mais un seul suffit à violer le critère de foudre. » Règle absolue : pas de décollage si probabilité d’orage> 10 %. Actuelle estimation : 5 %. « Marge étroite, presque insultante », souffle un ingénieur de terrain.
Si mercredi échoue, la NASA a cinq autres créneaux : 3 avril à 1 h 22, 4 avril à 2 h 00, 5 avril à 2 h 53, 6 avril à 3 h 40, 7 avril à 4 h 36 (heure espagnole). Chaque report coûte 500 000 $ de personnel supplémentaire et repousse l’orbite lunaire de 24 h, un glissement qui se répercute jusqu’à la rentrée.
Le SLS, 98 m de haut, attend sur le pad 39B depuis le 11 mars. Ses réservoirs d’hydrogène sont remplis à 10 % pour tenir la température ; chaque heure de retard consomme 6 000 $ de cryogène évaporé. « On chauffe littéralement de l’argent », plaisante un technicien en combinaison blanche.
À 18 h 24 locales, si le ballon chante la bonne note, les quatre astronautes s’élanceront pour dix jours autour de la Lune. Sinon, ils redescendront de la tour, et le vent reprendra ses droits sur la côte atlantique, indifférent au mythe.
