La nasa déplace enfin son géant sls : artemis ii va quitter la terre le 1er avril

Alors que le soleil se levait sur la côte est de la Floride, le transporteur à chenilles 2 a grincé vendredi matin sous les 85 tonnes de l’énorme SLS. Direction : la plateforme 39B, d’où partira, dans moins de dix jours, la première mission habitée d’Artemis.

Le parcours ne fait que 6,4 km, mais il dure douze heures. À 1,6 km/h, l’assemblage de 98 m de hauteur chemine comme un sphinx, protégé par des rafales qui ont déjà retardé le début du roulement. Un vent de 25 nœuds suffit à suspendre l’opération : la NASA ne badine pas avec un engin qui coûte 4 milliards $ par lancement.

Un mois de février sous le capot

Le SLS n’aurait jamais dû retourner au VAB. Mais le 21 février, pendant le dernier tankage de simulation, une valve d’hélium a refusé de s’ouvrir sur l’étage supérieur. Le flux gèle, la pression dérape, l’horloge s’arrête. Retour à la case hangar. Les ingénieurs y ont remplacé toutes les batteries de sécurité : étage central, boosters, système d’interruption de vol, même le système d’abort d’Orion. Ils ont aussi changé un joint d’alimentation en oxygène liquide et refait l’étanchéité de la plaque umbilicale du mât de queue. Bilan : 31 jours de garage, 250 techniciens en équipes tournantes, des heures sup’ qui se chiffrent en millions.

À bord, quatre passagers. Reid Wiseman, le commandant, a déjà dirigé l’ISS ; Victor Glover, le pilote, sera le premier Afro-Américain à s’éloigner aussi loin de la planète ; Christina Koch, recordwoman de durée dans l’espace pour une femme ; et Jeremy Hansen, l’astronaute canadien qui n’a encore jamais volé. Dix jours, un fly-by autour de la Lune, un retour à 40 000 km/h dans l’atmosphère. Test ultime avant l’alunissage d’Artemis III.

Le compte à rebours commence maintenant

Le compte à rebours commence maintenant

D’ici au 1er avril, il reste trois milestones : le chargement final du propergol, le test des 12 propulseurs de contrôle d’Orion, et la météo. La fenêtre s’ouvre à 14 h 27 locales, se referme 120 minutes plus tard. Si le vent ou un champ électrique trop fort claque la porte, la NASA dispose de 48 h de recul, pas une de plus : la Terre et la Lune ne patientent pas.

En 1972, Apollo 17 clôturait l’ère des Moonshots. Cinquante-deux ans après, ce même pas de géant - littéralement - redessine la carte des vols habités. Le SLS n’est qu’un lanceur, mais il est aussi le ticket d’entrée de la Nasa dans l’économie lunaire. Le prochain qui saura dire combien coûte un kilo de poussière sélène ramassé par des astronautes ?