La guerre en iran propulse les taux européens vers 2,5 % dès avril
Les banquiers centraux n’ont plus peur de l’inflation, ils la chassent. Les bombardements en Iran ont fait basculer les modèles de JP Morgan, Morgan Stanley et Deutsche Bank vers une remontée brutale du coût de l’argent en zone euro.
Les plans de relève s’accélèrent
Jeudi soir, pendant que les chaînes bouclaient leurs éditions spéciales sur Téhéran, les économistes de la Deutsche Bank mettaient la dernière main à un scénario qu’ils juraient « improbable » il y a quinze jours : deux hausses de 25 points en avril et juillet, portant le taux de dépôt à 2,5 %, le plafond supposé « neutre » pour l’économie. « C’est le prix à payer pour éviter que la guerre ne s’invite dans les prix des supermarchés », résume Mark Wall, leur chef d’équipe, dans une note datée vendredi 6 h 42.
Morgan Stanley, plus timoré, table sur un premier geste en juin, suivi d’un second en septembre. JP Morgan divise ses clients : la salle des marchés croit à l’avril, la recherche à la mi-mai. Le spread entre leurs prévisions atteint 30 milliards d’euros de flux obligataires, une divergence qui fait trembler les gestionnaires de fonds à Francfort.

Le marché parie déjà sur une troisième hausse
Les swaps Eonia décollent. L’évaluation implicite donne 54 % de chances d’un troisième relèvement avant Noël, soit un taux directeur à 2,75 %, niveau que la BCE n’a plus effleuré depuis la crise de la dette. Sur le parquet de l’Eurex, les contrats futures à trois mois affichent leur plus forte courbe ascendante depuis l’invasion de l’Ukraine.
Joachim Nagel, président de la Bundesbank, a jeté l’ancre vendredi matin dans une interview au Handelsblatt : « Si les missiles font monter le baril à 120 dollars, nous agirons dès le 30 avril. » Une menace explicite qui sonne comme un whatever it takes à l’envers.

2027 : Le grand retour en arrière
Ironie de l’histoire, les mêmes maisons qui redessinent la courbe ascendante anticipent un retour à 2 % dès 2027. Le scénario : croissance en berne, chômage qui repart, inflation retombée sous la cible. « Le BCE récoltera ce qu’il sème », écrit Greg Fuzesi, économiste en chef de JP Morgan, en prenant le risque d’admettre que le cycle haussier finira en cycle baissier. Morgan Stanley préfère deux coupes successives, en juin et septembre 2027, pour ramener le taux dans la zone « neutre ».
Entre-temps, les PME européennes paieront leur crédit revolving 150 points de base plus cher, les familles verront leur mensualité de prêt bondir de 18 % en moyenne, et l’État italien devra trouver 35 milliards de plus pour solder sa dette. La guerre est loin du détroit d’Ormuz, mais ses factures arrivent déjà dans les boîtes aux lettres.
