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Fink sonne l’alarme : l’ia va creuser l’écart entre ceux qui possèdent et les autres

Larry Fink l’a écrit noir sur blanc : l’intelligence artificielle va accélérer la concentration de la richesse entre les mains de ceux qui détiennent déjà des actifs. Le PDG de BlackRock, qui gère plus de 10 000 milliards de dollars, avertit dans sa lettre annuelle aux investisseurs que la vague algorithmique va laisser sur le carreau la majorité des salariés sans capital.

Uberisation de la valeur, version 3.0

Le raisonnement est implacable. Comme l’ont été l’électricité, l’automobile ou Internet, l’IA ne profitera d’abord qu’à ceux qui peuvent y investir. Mais cette fois, l’échelle est planétaire et la vitesse, exponentielle. Résultat : les revenus du travail stagnent, ceux du capital décollent. Fink résume : « Quand la capitalisation boursière grimpe mais que la propriété reste concentrée, la prospérité devient une illusion pour ceux qui n’ont pas de parts. »

Traduction : les dividendes versés par les géants du cloud vont gonfler les portefeuilles déjà bien garnis pendant que les licenciements liés à l’automatisation vont s’additionner. BlackRock, premier actionnaire de Microsoft, Nvidia et Amazon, y compris via ses ETF, touche déjà deux fois le pactole : sur la valeur des actions et sur les commissions des fonds qui les répliquent.

La sécurité sociale américaine dans le viseur

La sécurité sociale américaine dans le viseur

Pour éviter le soulèvement, Fink propose une parade : transformer le système de retraite américain en machine à rentabilité. Il veut que les caisses publiques sortent des seuls bons du Trésor et plongent dans les marchés actions, private equity et infrastructures. L’âge légal de départ à la retraite passerait à 62 ans, l’âge de droit à 67 ans pour les moins de 65 ans. Objectif : pousser chacun à devenir actionnaire, ne serait-ce qu’à travers un fonds indiciel à 0,03 % de frais.

Le cynisme ? BlackRock est déjà positionné. Le groupe a déboursé 40 milliards de dollars pour racheter Aligned Data Centers et 28 milliards pour Preqin, HPS et GIP, trois plates-formes spécialisées dans le crédit privé et les données d’infrastructure. En clair, Fink appelle le politique à ouvrir le robinet de l’épargne retraite vers des actifs qu’il contrôle déjà.

Depuis sa première lettre en 2012, les encours de BlackRock ont triplé. La société détient aujourd’hui en moyenne 8 % de chaque entreprise du S&P 500. Chaque fois qu’un salarié américain bascule un dollar vers un 401(k) investi dans un ETF, une partie du flux atterrit dans la poche de Fink. Le cercle est bouclé.

Le PDG ne dit pas que, sans intervention publique massive, la fracture va se creuser jusqu’à devenir un canyon. Il ne dit pas non plus que BlackRock est déjà en train d’engranger les profits de cette transition. Le message est limpide : le futur appartiendra à ceux qui possèdent des parts. Les autres paieront leur retraite avec des coupons de 2 %.