Espagne évacue ses soldats d'irak: 200 otages des tirs croisés, ankara devient le sas de survie
Cent trente et un soldats espagnols ont déjà fui le bourbier irakien, mais 200 restent coincés sous les balles, a admis ce jeudi la ministre de la Défense Margarita Robles. L'opération, qualifiée de «très compliquée et dangereuse», a mobilisé trois Airbus A400M et A330 stationnés en zone de combat, tandis que des appareils américains et allemands tentent d'ouvrir un couloir aérien vers la base turque d'Incirlik.
La fuite s'est accélérée dans la nuit: 42 militaires de la mission NATO Mission Iraq (NMI) ont été extraites à l'aube, rejoignant les 57 membres du Special Operations Task Group (SOTG) déjà relocalisés la semaine dernière. Robles a prévenu: une tentative d'évacuation avait capoté la veille, faute de cessez-le-feu.
Incirlik devient le sas de survie des patriots espagnols
Incirlik abrite les batteries Patriot espagnoles déployées dans le cadre de l'OTAN. Objectif: transformer la base turque en plateforme de repli pour 170 instructeurs espagnols qui forment l'ossature de la NMI, la plus grosse contribution nationale. Le 26 mai, l'Espagne devait reprendre le commandement de la mission, avec le général de division Ramón Armada succédant au français Christophe Hintzy. Le calendrier vole maintenant en éclats.
Robles a assuré que Madrid n'envisage pas de rejoindre une éventuelle mission européenne dans le détroit d'Ormuz, préférant concentrer ses moyens sur l'évacuation. «La situation est très dure et préoccupante», a-t-elle répété, évoquant aussi les 630 casques bleus espagnols cantonnés au Liban dans l'UNIFIL, «parce que c'est une mission onusienne et qu'on accompagne le peuple libanais».

Deux missions, un seul filet de repli
En Irak, l'Espagne joue sur deux tableaux: l'entraînement des forces irakiennes via la NMI et la contre-insurrection au sein de l'opération Inherent Resolve. Le retrait du SOTG XXIII, déjà bouclé, laisse 200 militaires sans couverture terrestre fiable. Leur sort dépend désormais des «prochaines heures» et d'une fenêtre aérienne que les tirs croisés ferment un peu plus chaque jour.
Le Pentagone, Berlin et Madrid ont aligné neuf appareils au total; trois seulement sont espagnols. Le reste, c'est la solidarité de l'Alliance — quand les missiles s'arrêtent assez longtemps pour que les hélices tournent. Robles ne promet plus de calendrier: «On espère, mais ce n'est pas garanti.»
Cent trente et un dehors, 200 à l'intérieur: le ratio peut basculer à tout moment. L'Espagne, pourtant future chef de file de la mission, apprend à son corps défendant que commander, c'est aussi parfois supplier le ciel de faire taire la mitraille.
