Elon musk crée la terafab : le pari fou d’un milliardaire pour fabriquer ses puces tesla

Sept jours. C’est le délai qu’Elon Musk s’est donné pour lancer la « Terafab », une usine géante censée produire ses propres puces de robotaxis et de robots humanoïdes. Une annonce qui tombe alors que Tesla peine déjà à livrer ses promesses d’autonomie.

Une usine de rêve, une facture de cauchemar

La cible : 100 000 wafers de silicium par mois au départ, jusqu’à 1 million à terme. Le coût : entre 30 et 45 milliards de dollars, selon les estimations de UBS et Morgan Stanley. Pour Musk, la logique est implacable : Samsung, TSMC et Micron ne suffiront pas à nourrir la vague de robotaxis promise pour 2026. Il faut donc internaliser, quitte à réinventer l’une des chaînes industrielles les plus complexes au monde.

Le projet est déjà en cours à Austin. Un poste de « directeur infrastructure semi-conducteurs » est ouvert depuis juin. Le futur usine serait construite à côté de la gigafactory texane, symbole d’une verticalisation extrême. Mais le timing reste flou : Musk évoque un horizon de trois à quatre ans pour éliminer ce qu’il appelle un « goulot d’étranglement probable ».

Des machines qui n’existent pas pour tesla

Des machines qui n’existent pas pour tesla

Problème : les lithographes EUV d’ASML, indispensables pour graver les puces de dernière génération, ont deux ans de délai pour tout nouvel acheteur. Tesla n’a aucun historique en semi-conducteurs avancés. « Même pour Musk, c’est plus dur qu’envoyer une fusée sur Mars », lâche Stacy Rasgon, analyste chez Bernstein. L’idée d’intégrer sur un même site la logique, la mémoire et le packaging est vue comme une aberration technique par les spécialistes du secteur.

L’expérience américaine de TSMC à Arizona donne un aperçu du chantier : 165 milliards de dollars, des retards répétés, des employés taïwanais importés pour former les équipes locales. Tesla devra recruter des centaines d’ingénieurs que l’industrie chipote déjà à trouver. « Ces profils ne poussent pas dans les arbres », résume Rasgon.

Le fantôme taïwanais derrière la folie

Le fantôme taïwanais derrière la folie

Musk n’est pas seul à vouloir rapatrier la production. La peur d’un conflit autour de Taïwan, qui produit 90 % des puces avancées, a poussé Washington à financer des usines sur le sol américain. Mais la réalité est têtue : les semi-conducteurs ne se déplacent pas sans une armée de fournisseurs, de savoir-faire et de milliards en cash.

Tesla, déjà engagée dans une dépense de 20 milliards pour ses lignes de robotaxis et d’Optimus en 2025, devra lever des fonds ou s’endetter davantage. La dernière levée remonte à 2020. Ben Kallo, analyste chez Baird, résume la tension : « Qui paie ? C’est la question que tout investisseur se pose. »

Musk a bâti son empire sur des promesses tenues. Cette fois, le pari est double : dominer la chaîne d’approvisionnement la plus concentrée du monde, et justifier une capitalisation boursière qui dépend autant de la fiction que des livraisons. La Terafab n’est pas une usine. C’est un miroir grossissant de l’hubris technologique. S’il échoue, ce ne sera pas une mauvaise ligne de bilan. Ce sera la preuve que même les rois des capitaux ne peuvent pas imprimer du silicium.