Ddr5 plonge de 100 $ : la bulle mémoire commence-t-elle à se dégonfler ?
Enfin. Après dix-huit mois de flambée, un kit 32 Go Corsair Vengeance à 6 400 MHz passe sous la barre des 380 $ sur Amazon, soit –110 $ en trois semaines. Le DDR5-5200 chute lui aussi, de 260 à 219 $. Une brèche dans le mur des prix, suffisamment large pour que les data centers et les gamers respirent – mais pas assez pour parler de retour à la normale.
Pourquoi ce recul soudain ?
Google vient de publierTurboQuant, un algorithme qui compresse jusqu’à six fois l’empreinte mémoire des modèles d’IA sans dégrader la précision. Résultat : les serveurs ont soudain besoin de moins de barrettes pour la même charge de travail. Les fonderies taïwanaises, qui alignaient les wafers DDR5 à la chaîne, se retrouvent avec des stocks prêts à éclater. Le signal est clair : la pénurie n’était pas organique, elle était algorithmique.
Mais il y a un détail que personne ne crie : la baisse ne concerne pour l’instant que le canal retail. Les contrats à long terme signés par Microsoft, Amazon et Alibaba l’an dernier restent indexés sur le pic de février. Traduction : votre PC gamer bénéficie de la ristourne, pas le cloud qui alimente vos prompts ChatGPT.

Et la spirale continue ailleurs
Tandis que la RAM dégringole, le CPU devient la nouvelle denrée rare. Intel et AMD viennent d’avertir leurs partenaires ODM : Core et Ryzen hors série client affichent désormais trois à quatre mois de retard et des surtaxes de 10 à 15 %. Dell et HP confirment : les bons de commande signés en avril pour la rentrée scolaire ne seront pas honorés avant l’hiver. La faute ? Les mêmes data centers qui viennent de lâcher la mémoire se ruent maintenant sur les sockets Sapphire Rapids et Epyc Genoa pour compenser la baisse de leur facture énergétique.
La cote parlante : un Xeon 8490-H, déjà hors de prix à 17 000 $ l’unité en janvier, se négocie 19 500 $ sur le marché gris de Shenzhen. Les cartes mères LGA 4677, elles, grimpent de 35 % en trois jours. Le whac-a-mole des composants continue.

Sony ferme les commandes au japon
Effet domino : sans processeurs ni mémoire abordables, Sony a suspendu hier la prise de commandes de cartes SD et de l’appareil α7 IV au Japon. Les revendeurs nippons parlent déjà de « indisponibilité structurelle » jusqu’à la mi-2026. Pour les créateurs de contenu, la panne n’est plus technique, elle devient existenceielle.
Derrière le rideau, les fonderies préparent le coup suivant : la migration en masse vers le nœud 2 nm en 2025 consommera jusqu’à 30 % de wafers supplémentaires pour un même volume de puissance. La rareté, en clair, est programmée.
Alors, cette lueur de –110 $ sur un kit Corsair ? Un mirage de plus. Le marché des semi-conducteurs ne connaît pas la déflation : il connaît des vagues successives de pénuries déplacées. La RAM se détend, le CPU se tend, et le prochain en ligne, c’est probablement le SSD. Attendez-vous à une année où chaque composant, tour à tour, deviendra l’enemy public numéro un. Le seul gagnant, pour l’instant, reste le trader qui parie sur la volatilité – pas l’utilisateur qui veut juste monter sa station de travail.
