Crise énergétique : le choc pétrolier de 1990 dépassé, l'europe fragilisée
Les marchés pétroliers sont en ébullition. Les récentes tensions au Moyen-Orient, avec les frappes réciproques entre les États-Unis et l'Iran, ont déclenché une flambée des prix sans précédent. Si l'invasion du Koweït par l'Irak en 1990 avait déjà provoqué un choc majeur, l'envolée actuelle du baril de pétrole Brent, dépassant les 119 dollars après avoir démarré à 70 dollars, marque une escalade historique.
L'ormuz, point de blocage majeur
Le détroit d'Ormuz, voie maritime cruciale pour environ 20% à 30% des exportations mondiales d'hydrocarbures, est quasi paralysé. La crainte d'une escalade du conflit engendre une incertitude palpable et affecte particulièrement l'Europe, fortement dépendante du gaz naturel. Les analystes de Julius Baer soulignent que les risques pour l'économie mondiale s'accentuent chaque semaine, exacerbés par un contexte financier déjà tendu.
Le gaz naturel européen a été durement touché, avec un bond du TTF hollandais de plus de 100% en mars, atteignant 69 euros par mégawatt-heure avant de se stabiliser autour de 50 euros. L'entrée en service récente d'une terminal GNL qatarienne offre un certain soulagement, mais ne suffira pas à compenser entièrement les perturbations.

Bourses en berne, l'or déçoit
Les marchés boursiers ont subi de plein fouet l'impact de la guerre, malgré un rebond technique en fin de mois. Le S&P 500, le Dow Jones et le Nasdaq ont enregistré des baisses significatives, autour de 5%, tandis que le Ibex 35 espagnol a chuté de 7,7%, son pire mois depuis 2022. L'Espagne, comme l'Allemagne et l'Italie, est particulièrement vulnérable en tant qu'importatrice nette d'énergie.
Paradoxalement, l'or, traditionnellement considéré comme un refuge en période de turbulences, a connu une chute spectaculaire, perdant près de 1 500 dollars en quelques semaines. Ce recul s'explique en partie par le renforcement du dollar, qui s'est imposé comme le véritable havre de paix dans cette crise énergétique. Les États-Unis, producteurs nets d'énergie, sont moins exposés que l'Europe ou l'Asie.

Euribor en alerte et perspectives d'inflation
L'envolée des prix du pétrole a également freiné les espoirs de baisses des taux d'intérêt, entraînant une flambée de l'Euribor à 12 mois, référence des prêts immobiliers, qui a clôturé le mois autour de 3%. Ce mouvement témoigne de la persistance de l'inflation et pèse sur les actifs risqués, y compris les crypto-monnaies. La situation actuelle rappelle que l'économie mondiale se trouve à un carrefour, où l'instabilité géopolitique et les pressions inflationnistes s'entremêlent, menaçant la reprise fragile.
