Artemis ii va dépasser la face cachée de la lune : 8 000 km de vertige pour un futur sur mars
Quatre astronautes s’apprêtent à plonger dans l’oubli cosmique, 8 000 km plus loin que la face cachée de la Lune. Jamais chair humaine n’aura filé aussi vite ni aussi loin : 40 000 km/h, trente fois la vitesse du son, dans un cube d’acier de 8,4 m³ où l’on se dispute le dernier centimètre de rangement pour le dentifrice.
La nasa remonte le temps pour inventer l’après-terre
Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen ne partent pas seulement pour une ronde lunaire de dix jours. Ils embarquent la revanche d’Apollo 13, la promesse d’un socle américain sur la Lune en 2028 et d’un tremplin vers Mars que Washington veut opérationnel avant que Pékin n’y pose ses bottes. Le vol Artemis II, prévu dans les prochaines heures, est le premier pas habité du programme lancé en 2017 : pas d’alunissage, juste une ellipse de feu autour du satellite pour éprouver l’habitacle Orion, ses ordinatees à la ramasse et ses boucliers thermiques qui doivent survivre à 2 800 °C.
Lori Glaze, directrice adjointe de la NASA, résume le pari : « Si Orion plie, tout plie. » Car derrière ces quatre visages se cache une industrie de 30 milliards de dollars et 3 800 fournisseurs qui n’ont pas droit à l’erreur. Le moindre grain de poussière sur le pare-brise thermique peut transformer la capsule en fournaise. D’où trois ans de « sims » : on met le feu à la cabine, on perce les réservoirs, on coupe le contact, on apprend à respirer dans un sac plastique jusqu’à ce que la Californie réapparaisse dans le hublot.

Entraînement de l’extrême : survie, photos et politique
Jacki Mahaffey, cheffe du training, confesse l’obsession : « On leur a appris à se souvenir. » Car ils n’auront que six minutes au périlée pour shooter la Lune, noter leurs pensées et nourrir le flux Instagram de la NASA. Six minutes où la poussière régolithique peut se révéler abrasive, où la radiation solaire grimpe de 1 000 fois et où le cerveau, ivre de dopamine, doit continuer à calculer. Pour ça, on les a envoyés en Islande marcher sur des champs de lave noire, en Allemagne tripoter les valves de service module, au Canada glisser sous la banquise pour apprendre l’évacuation en eau à 4 °C. Résultat : chaque astronaute connaît 1 200 procédures par cœur, dont 42 pages rien que pour « comment uriner sans déclencher l’incendie ».
Mais le vrai test, c’est la cohabitation. Dix jours dans 300 pieds cubes : même les Marines pleurent. On a donc dressé une charte de « toothbrush visibility » : on range, on ne laisse pas traîner, on tourne la tête quand le voisin se brosse. Christina Koch, recordwoman de 328 jours dans l’ISS, sait que la tension monte quand le café manque. Elle a glissé dans sa poche personnelle un sachet de grains torréfiés de Portland, interdit mais précieux, « pour le jour où l’on voudra se jeter par le sas ».

Le prix d’un ticket vers mars : 4,1 milliards par vol, et c’est pas fini
Washington a déjà signé le chèque : chaque lancement SLS coûte 4,1 milliards, sans compter la capsule Orion (1 milliard) ni les heures d’ingénierie. Avec deux vols habités prévus d’ici 2030, la facture dépasse le budget annuel de la Station spatiale. Le Congrès hurle, l’industrie aérospatiale jubile, SpaceX ricane : Starship promet le même trajet pour 100 millions. Mais la NASA ne lâche pas l’affaire : Orion est certifié pour le retour à 11 km/s, Starship pas encore. « On ne parie pas des vies sur une fiche Excel », claque Glaze.
Et puis il y a la géopolitique. Le Canada a mis 1,9 milliard CAD sur la table pour avoir un siège ; le Japon paiera des modules logistiques ; l’Europe fournira le service module et exigera son propre astronaute en 2026. Derrière les beaux discours, c’est la course aux ressources lunaires qui se joue : eau glacée au pôle Sud, hélium-3 pour la fusion, terres rares dans les mers anciennes. Qui contrôle la Lune contrôle le rendez-vous martien. Le quotidien de l’équipage ? Des tubes de purée lyophilisée et des capsules de shampooing solide, mais leur silhouette dans le vide sera un drapeau de 50 étoiles et une feuille d’érable.
Quand les quatre feront le tour complet, 384 400 km de vertige, ils ne verront pas seulement la Terre lever derrière l’horizon lunaire. Ils apercevront l’avenir : un camp américain au Sud, des robots chinois à l’Est, des miroirs solaires qui préparent le terrain pour la colonie. Et peut-être, dans le silence, la certitude que le prochain pas ne sera plus un petit, mais un bond de 225 millions de kilomètres. Le compte à rebours est lancé : T-0 approche, et cette fois, on ne reviendra pas les mains vides.
