Revolut décroche 1,5 milliard de bénéfice et met les banques en sursis
Revolut vient de claquer la porte du salon des géants bancaires. 1,5 milliard d’euros de bénéfice net en 2025, soit 65 % de plus qu’en 2024. Une détonation qui se répercute de Londres à Barcelone, là où la néo-banque a déjà séduit 6,3 millions d’Espagnols et dépouillé BBVA ou Santander de 38 % des ouvertures de compte.
Le résultat avant impôt, lui, atteint 2 milliards, un bond de 57 %. Les revenus ? 5,3 milliards, grâce à un utilisateur qui, chaque mois, verse plus d’argent, paye plus souvent et surtout n’utilise plus sa banque traditionnelle qu’en dernier recours. Les 57,5 milliards d’euros d’encours clients — +66 % — attestent d’un basculement silencieux mais massif vers le compte principal Revolut.
Le crédit, nouvelle arme de conquête
Derrière l’app, une machine à prêter qui s’emballe. La taille du livre de crédit a doublé en un an pour atteindre 2,5 milliards. Prêt personnel, carte à débit différé, et depuis quelques semaines, crédit immobilier souscrit en dix minutes depuis un métro madrilène. Le taux de défaut reste inférieur à 1,2 %, un niveau que les réseaux historiques atteignent seulement après dix couches de commissaires aux comptes.
À Madrid, la filiale espagnole a octroyé 420 millions de crédits en 2025, soit plus que certaines cajas régionales. Le secret ? Une plateforme de scoring qui croise 1 800 variables : historique Uber, abonnement Netflix, géolocalisation nocturne, même fréquence d’achat de café. Rien d’exotique : juste des données que les vieilles banques jettent.

Mexique et états-unis, prochains terrains de chasse
Licencia bancaire européenne : 30 pays déjà couverts. Licence fédérale américaine : dossier déposé à la OCC, phase trois sur cinq. À Mexico, 800 000 clients en dix mois, un record national. Le directeur Amérique latine, Carlos Salazar, résume la stratégie : « On ne se pose pas la question “est-ce qu’on va là ?”. On part du principe que si l’on arrive en retard, c’est mort. »
Objectif affiché : 100 millions d’utilisateurs fin 2026. Le plan d’investissement — 11,5 milliards d’euros sur cinq ans — prévoit 3 milliards rien que pour la stack cloud maison, capable de gérer 150 000 transactions par seconde. Pour donner une idée, Visa en traite 65 000.
Et l’IPO dans tout ça ? Nik Storonsky confirme viser une valorisation de 200 milliards, soit plus que BNP Paribas et Santander réunis. Les banquiers d’affaires commencent déjà à chiffrer l’opération comme le plus gros listing tech jamais vu en Europe. Les régulateurs, eux, scrutent le ratio de liquidité : 28 %, supérieur aux 18 % exigés, mais insuffisant si 20 millions de nouveaux clients débarquent la même semaine.
À Barcelone, Paula Sánchez, 29 ans, community manager, a fermé son compte CaixaBank hier soir. « Ils m’ont proposé 0,5 % sur mon épargne. Revolut me donne 3 % et me rembourse l’abonnement Spotify. Pourquoi payer pour être déçu ? » Pourquoi, en effet. Les actionnaires historiques — DST, Balderton, ou le fonds saoudien TDF — engrangent un multiple x45 en huit ans. Les banques traditionnelles, elles, viennent de perdre, rien qu’en Espagne, 2 millions de clients qui ne reviendront pas. Le prochain round, ce sera à New York. Et là, personne ne parlera de “néo-banque”. Juste de banque, tout court.
