Les bunkers secrets des milliardaires de la silicon valley

Pendant que le reste du monde regarde les infos avec une anxiété croissante, une poignée de milliardaires de la Silicon Valley a depuis longtemps tiré ses conclusions. Leur réponse : s'enterrer. Littéralement. Les abris antiatomiques de luxe ne sont plus une légende urbaine ni un fantasme de survivaliste paranoïaque. Ce sont des actifs réels, documentés, et dans certains cas, activement utilisés.

Nouvelle-zélande, hawaï : les adresses préférées des preppers milliardaires

Le choix géographique n'est pas anodin. Gary Lynch, directeur de Rising S Co., une entreprise spécialisée dans la construction de ces complexes souterrains, l'a confirmé à Bloomberg dès 2018 : la Nouvelle-Zélande est devenue la destination de prédilection d'une bonne partie de l'élite technologique américaine. La logique est froide et pragmatique — le pays n'est ni une puissance militaire ni une cible stratégique en cas de conflit nucléaire. Peter Thiel, cofondateur de PayPal, y possède plusieurs propriétés et y a obtenu la citoyenneté dans des circonstances qui ont, à l'époque, suscité une controverse considérable côté néo-zélandais.

Hawaï attire les autres. Mark Zuckerberg y a développé un domaine de près de 23 kilomètres carrés sur l'île de Kauai, un chantier colossal qui ne cesse de s'étendre. À l'intérieur : un bunker antiatomique de la taille d'un terrain de basket. Zuckerberg lui-même a tenté de minimiser la chose, évoquant quelque chose de moins spectaculaire que ce que les médias décrivent. Mais le secret entretenu autour du projet n'a fait qu'alimenter les spéculations. Sur une île voisine, Larry Ellison, fondateur d'Oracle, a fait construire un complexe autosuffisant équipé de systèmes d'énergie renouvelable et de cultures intérieures — de quoi tenir longtemps sans dépendre du monde extérieur.

Sam altman stocke des munitions. bill gates a commencé en 1988.

Sam altman stocke des munitions. bill gates a commencé en 1988.

Sam Altman, le patron d'OpenAI, est allé plus loin que la plupart. Il a lui-même reconnu conserver des armes et des munitions dans son refuge. Avec une lucidité glaçante, il a précisé que si l'intelligence artificielle venait à échapper au contrôle humain, aucun bunker ne serait de toute façon suffisant. Une confession qui en dit long sur l'état d'esprit de celui qui dirige l'une des entreprises les plus influentes dans le développement de cette même technologie.

Bill Gates, lui, a une longueur d'avance sur tout le monde. Son bunker de luxe, intégré à sa résidence de Medina, Washington, est en construction depuis 1988. Trente-cinq ans de préparation. À l'époque, la guerre froide touchait à sa fin et personne dans son entourage ne parlait encore de preppers milliardaires.

Le déni comme stratégie de communication

Le déni comme stratégie de communication

Ce qui frappe dans cette tendance, c'est le gouffre entre les déclarations publiques de ces personnalités et la réalité documentée de leurs installations. Reid Hoffman, cofondateur de LinkedIn, avait pourtant vendu la mèche dès 2017 dans une interview au New Yorker : selon lui, la moitié de ses pairs de la Silicon Valley avait déjà acquis un bunker. Une estimation qui, depuis, n'a jamais été sérieusement démentie.

La dynamique a pris une dimension concrète lors des frappes américaines contre l'Iran. Deux entrepreneurs du secteur ont confirmé à Business Insider avoir activé leurs protocoles d'urgence à ce moment précis. Ce n'est plus de la préparation abstraite. C'est une réponse opérationnelle à des événements géopolitiques réels.

Il y a quelque chose de profondément révélateur dans cette course aux bunkers. Ces hommes ont bâti des fortunes sur l'idée que la technologie résout tout, qu'elle connecte, qu'elle optimise, qu'elle sauve. Et pourtant, quand ils imaginent le pire, leur solution reste la plus archaïque qui soit : creuser un trou dans la terre et attendre que ça passe. La différence, c'est que leur trou coûte plusieurs millions d'euros et que le reste du monde, lui, n'a pas de liste d'attente.