Lagarde dégaine l'arme anti-inflation : le bce promet de ne plus jamais traîner

Christine Lagarde a sorti le lourd ce mercredi. Pas de langue de bois : le BCE va tirer plus vite, plus fort, et surtout plus tôt que en 2022 si la guerre iranienne fait flamber les prix. « Nous pouvons pivoter à n’importe quelle réunion », a-t-elle lancé depuis Francfort, réglant comme une montre de précision le calendrier des marchés.

Fini le temps où la banque attendait que l’inflation s’installe

Fini le temps où la banque attendait que l’inflation s’installe

Le message est une déclaration de guerre aux anticipations de hausse. Mi-avril, le conseil des gouverneurs se réunit dans le secret d’un retreat à Château-Arnoux ; le 29 et 30, c’est la vraie table : taux, prévisions, et sans doute un coup de freux supplémentaire. Les swaps de taux donnent 68 % de chances d’une remontée de 25 points d’ici mai. Le marché a compris.

En 2022, le BCE tripatouillait encore ses programmes d’achats d’actifs (APP, PEPP) pour calmer la dette des États. Résultat : l’inflation a dépassé 10 % avant que la première hausse n’arrive. Cette fois, plus de menottes. « Nous ne sommes plus enchaînés à une forward guidance qui nous aurait cloués au sol », a souligné Lagarde. C’est la flexibilité nouvelle, version monétaire.

Reste la prudence scientifique : pas de gâchette avant que l’ampleur du choc pétrolier ne soit cartographié. Mais la ligne rouge est tracée : 2 % d’inflation, point barre. « Notre engagement est inconditionnel », a-t-elle martelé, repoussant toute idée d’atermoiement.

Traduction pour les ménages : les crédits immobiliers suivront la courbe ascendante, l’épargne à taux fixe redeviendra sexy, et les entreprises devront budgéter un coût du capital plus salé. Côté gouvernements, le message est clair : pas question de compter sur la planche à billets pour financer les boucliers tarifaires.

Le BCE a tiré la première. Les banques centrales émergentes, déjà à cran sur les devises, vont scruter le spread bund-treso. Et si l’Iran resserre le détroit d’Ormuz, la réaction pourrait être en chaîne : hausse de taux, renchérissement du service de la dette, et compression des marges de manœuvre budgétaires. Le scénario 2022, en somme, mais accéléré.

Lagarde a parlé de « preparedness ». En français : le régulateur a chargé le fusil. Le marché des eurodollars l’a entendu : la volatilité des futures a gagné 12 % depuis mardi soir. Le verdict tombe dans vingt jours. Entre-temps, l’Europe devra prouver qu’elle peut croître sans la manne de la monnaie facile. Paris, Berlin et Rome tiendront-ils le choc ? Leurs budgets 2025 trancheront.